Le Temps: La menace avancée par l'étude de «Science» est-elle crédible?

François Nyffeler: Il est extrêmement difficile de faire des projections à très long terme. C'est une bonne méthode pour sensibiliser l'opinion. Mais cette étude me semble un peu catastrophiste.

- Mais la surpêche est un problème réel, non?

- Oui, absolument. C'est d'ailleurs le problème principal, davantage que la pollution. Celle-ci sévit surtout au niveau des côtes. Tandis que la surpêche affecte les eaux profondes. Certains bateaux sont de véritables usines flottantes.

- L'aquaculture est-elle une solution pour lutter contre l'épuisement de l'écosystème marin?

- Je n'en suis pas certain. La concentration d'individus dans un lieu donné crée des risques d'épizootie et des problèmes de comportement. Derrière l'aquaculture, il y a toute une panoplie de mesures médicales qui affectent la qualité du poisson. Comparez une truite issue de l'aquaculture et un individu pêché dans une rivière, et vous verrez la différence. L'aquaculture affecte aussi le cycle naturel par le rejet des eaux usées.

- Greenpeace propose la création d'un sanctuaire marin qui couvrirait près de la moitié des océans. Qu'en pensez-vous?

- C'est complètement irréaliste du point de vue économique. De plus, il est impossible de créer des sanctuaires dans les eaux internationales.

- Comment résoudre le problème de la surpêche?

- Par une volonté politique qui fait défaut pour le moment.