En 1955, le correspondant de la Neue Zurcher Zeitung à Paris, Herbert Lüthy, choisit d'intituler son essai sur la France : «A l'heure de son clocher». Le prisme de ce journaliste helvétique, repéré par Raymond Aron pour sa collection «Liberté de l'esprit», est alors de ramener l'explication de l'hexagone à ses villages. Impossible, estime celui-ci, de comprendre ce vieux pays sans scruter sans avoir en tête ses racines géographiques et historiques, structurellement rétives à la modernité. Au fond, écrit Lüthy, tout se déroule en France à l'ombre du clocher. Edictés à Paris par les monarques, puis par les princes des Républiques successives, les grands principes finissent toujours par s'écraser sur la réalité des villages et des inévitables accommodements territoriaux.

Un nouveau titre

Cinquante-cinq plus tard, le bon titre d'un essai sur la France pourrait être «A l'heure du point de deal». C'est en effet là, au bas des immeubles ou dans les parcs où s'échangent au vu et au de tous des quantités effrayantes de stupéfiants, que se joue largement le quotidien de la République. Exagéré? Voire. 80 % des actes de violence recensés dans le pays sont liés au trafic de drogue, contre lequel le gouvernement entend désormais lutter en criminalisant les clients, via l'instauration d'une amende forfaitaire de 200 euros pour tout consommateur de stupéfiants. Et l'étreinte judiciaire se resserre: 21% des condamnations prononcées par la justice, en 2019, concernaient des affaires de stups, contre 15% deux ans plus tôt.