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Des supporters de Marine Le Pen lors de son dernier meeting le 19 avril à Marseille.
© Jeff J Mitchell/Getty Images

Présidentielle

Cette France qui veut Marine Le Pen

La candidate du Front national a longtemps été donnée gagnante du premier tour par les sondages. Moins sûre d’elle à l’issue d’une campagne incertaine, elle se retrouve propulsée à l’avant-scène par l’attentat survenu jeudi aux Champs-Elysées. Avec la victoire finale en ligne de mire

Joanna s’est calée au fond de la travée de sièges du Zénith de Paris. Aux cotés de Samy, son compagnon, cette enseignante trentenaire estime, elle aussi, «que le moment de Marine est arrivé». En 2002, il y a quinze ans, l’un et l’autre étaient adolescents. La qualification à l’arraché de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle, par 16,9% des voix – contre 16,2% pour le premier ministre socialiste sortant Lionel Jospin – n’était pas «leur affaire».

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«Il ne parlait pas à notre génération. Il ne paraissait pas pouvoir, un jour, présider la France. Et puis ce FN-là était bien trop facho», lâche Joanna qui, ce dimanche, surveillera le dépouillement dans l’un des bureaux de vote de son département de l’Essonne, d’où Manuel Valls et Jean-Luc Mélenchon ont émergé en politique.

On va voter pour elle, pas pour un parti. Parce qu’elle incarne ce que l’on croit juste pour la France en voie de délitement

Le Front national est d’ailleurs presque absent lorsque l’on parle à la «génération Marine». «On va voter pour elle, pas pour un parti. Parce qu’elle incarne ce que l’on croit juste pour la France en voie de délitement», complète Franck Sala, un jeune permanent frontiste du Val d'Oise, au nord de Paris.

L’attentat survenu jeudi soir aux Champs-Elysées, après les arrestations à Marseille où Marine Le Pen tenait mercredi son ultime meeting d’avant premier tour, n’a même pas besoin d’être évoqué. La sécurité, le besoin d’en finir avec le «délire communautariste» et la nécessité d’expulser «tous les fichés S qui ne sont pas français» sont un refrain presque automatique chez les jeunes militants lepénistes. Le visage de ce FN-là n’est plus celui de 2002.

Lire aussi: Dans le sprint final, la campagne présidentielle prend un virage sécuritaire

La colère d’une jeunesse angoissée

Lorsque Jean-Marie Le Pen défiait Jacques Chirac (qui l’emporta avec 82,2% des suffrages contre 17,8%), le FN était un parti populaire plutôt âgé, puisant ses voix dans les bassins de populations délaissées ou frustrées, siphonnant l’ancien vote communiste. Une copie presque conforme du poujadisme des années 1950 qui propulsèrent, pour la première fois, le tribun frontiste sur les bancs de l’Assemblée. Désormais, une autre colère l’anime: celle d’une jeunesse angoissée, en perte de repères: «Ces jeunes électeurs voient ce 23 avril 2017 comme un marqueur historique, explique Christèle Marchand-Lagier dans son livre «Le vote FN» (Ed. Deboeck). Ils rêvent, à partir de là, de réinventer leur France».

Lire aussi: «Une jeunesse française tentée par les extrêmes au premier tour de la présidentielle»

Il faut leur parler pour comprendre. Mais écouter aussi leurs silences. La jeunesse frontiste n’est pas volubile. Elle préfère se taire à l’évocation des casseroles politico-judiciaires que Marine Le Pen et ses lieutenants traînent derrière eux. Le détournement de fonds publics européens par le biais de faux assistants parlementaires? Le racket des candidats FN contraints de cotiser lourdement au microparti «Jeanne» contrôlé par quelques affidés de la présidente, au passé parfois néonazi? Le refus de Marine Le Pen de répondre aux convocations des juges? D’autres candidats n’auraient pas survécu à de telles accusations.

«Le FN n’est pas parfait»

Alors, pourquoi penser, envers et contre tout, que ce dimanche la couronnera et la qualifiera pour le duel Elyséen final? «On ne dit pas que le FN est parfait nuance Pierre Renucci, candidat désigné pour les législatives dans la ville d’Argenteuil, où Nicolas Sarkozy vint défier les «racailles» en 2005. On refuse le terme d’extrême droite, piégé et connoté. Les jeunes Français à qui je parle vibrent à des mots simples: nation, frontière, peuple, valeurs.» Personne ne commente autour de lui. Un groupe d’étudiants, tee-shirt bleu marine, finit par répondre: «Tout ça, c’est la faute à l’islam. Si les jeunes comme nous ne redressent pas la tête, qui le fera?»

L’islam, parmi les supporters de Marine Le Pen, n’a pas de visage. C’est un mot qu’on lâche comme une étincelle. Aussitôt, il fait flamber la salle: «Vous savez que des journalistes étrangers nous disent en privé: vous avez raison! Ils ne comprennent pas le silence des médias français sur les dangers que font courir à ce pays les extrémistes musulmans», nous lance une amie de Joanna. Ces jeunes-là ne veulent pas d’une France des églises et des clochers. Il leur arrive de manger des kebabs. Mais ils ne sentent plus «chez eux». «On a grandi dans une France aux murs invisibles que nos parents ne connaissent pas, poursuit-elle. Je dois répondre quoi, lorsqu’une mère de famille voilée qui ne parle pas français me dit que je n’ai pas le droit d’enseigner ceci ou cela à ses enfants? Si je l’envoie paître, l’administration scolaire, composée de profs socialos, me tombe dessus et me traite de raciste».

«Marine Le Pen n’a pas naufragé la France»

Nous sommes cette fois au QG national du FN, rue des Suisses à Nanterre. Une réunion de militants des banlieues vient de se terminer pour préparer la journée de dimanche. La presse étrangère, projecteurs braqués sur la campagne «bleu marine» est venue rencontrer quelques participants. Cette semaine, le New York Times a comparé le pays pro-Le Pen à une «France de la fin des jours», pays qui ne s’aime pas, toujours englué dans l’humiliation de la Seconde guerre mondiale. Tollé frontiste.

Marion Maréchal Le Pen, la nièce de Marine, passe à quelques mètres. Elle est acclamée. Jeune. Belle. Résolue. «On veut nous faire passer pour des petits blancs, mais nous ne sommes pas ça s’énerve un des animateurs. Nous sommes ceux qui osent dire: ça ne peut plus continuer après des décennies de Fillonisme au pouvoir, et le risque de devenir aveugle ou islamo-communautariste avec Macron. Marine Le Pen n’a pas naufragé la France. Eux, si».

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Je suis convaincu qu’elle butera, au second tour, sur le vote patrimonial des Français

Dominique Reynié est patron de la fondation pour l’innovation politique (Fondapol). Politologue mais aussi militant de droite (il a été tête de liste aux régionales pour les Républicains dans le sud ouest), il estime «très probable» une qualification de Marine Le Pen. «Si on regarde les indicateurs et si l’on ajoute le contexte sécuritaire, cela ne fait guère de doute», explique-t-il. Avant de faire tomber le couperet: «Je suis convaincu qu’elle butera, au second tour, sur le vote patrimonial des Français. Nous sommes un pays de propriétaires et d’épargnants. La colère s’arrête au portefeuille et à l’euro. Si elle ne change pas sur ce point, c’est l’impasse». Qu’en disent les sympathisants, en train de repartir du QG du FN avec des brassées de tracts et d’autocollants? «Le premier tour, ce ne sera pas la bataille de l’euro. Ce sera celle des frontières, du refus de l’immigration, de la gabegie, du vote pour la France.»

La candidate a d’ailleurs, à Paris puis à Marseille ces derniers jours, tout braqué sur l’immigration. Promesse d’instaurer un moratoire immédiat ou de fermer les frontières, «le soir même de son élection». La France qui veut Marine Le Pen ne cache pas ses peurs. Elle parle sans gêne d’Emmanuel Macron comme le «candidat Rotschild» qui veut vendre le drapeau tricolore, et n’est pas ébranlée le moins du monde par les nouvelles sorties controversées de la candidate sur la rafle du Vel D’Hiv. Pour cette France-là, le 23 avril 2017 est juste une étape logique. La date d’un vote «qu’on ne leur volera pas».


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