France

Cette France qui est dans le viseur du «Front»

Aux journées d'été du Front national à Fréjus, Marine Le Pen compte bien enfiler définitivement les habits de «présidentiable». Première étape ce samedi: la nomination du sénateur-maire de la ville, David Rachline, comme directeur de campagne

C'est un petit livre tout juste publié. Son titre «Sur la route du Front» (Ed. Manitoba-Les Belles Lettres). Un récit de la France prête à se donner au Front National et à sa présidente Marine Le Pen, à force d'être «épuisée par la vie politique hexagonale, et la faiblesse idéologique et morale des partis, de droite comme de gauche» selon son auteur, l'universitaire lyonnais Jean-François Pradeau.

Un tout petit livre qui dit les raisons des frustrations et de la colère des milliers de sympathisants du parti d'extrême droite attendus ce dimanche à Fréjus, pour le discours de clôture des «Estivales» du FN que prononcera la future candidate à la présidentielle. Lesquels applaudiraient à coup sûr la première phrase de conclusion: «Il est plausible, peut-on lire à la fin de cet ouvrage décapant, que nous assistions bientôt à la victoire électorale et (et démocratique) du Front National dans des conditions de tensions sociales et de violences civiles qui ne peuvent que la favoriser.»

Une stratégie: rassurer pour rassembler

Tout est dit. Ou presque. D'un coté, une France «officielle» qui s'apprête de nouveau, lors d'une cérémonie aux Invalides à Paris lundi 19 septembre, à rendre hommage à la mémoire des victimes du terrorisme, dont les 86 morts de l'attentat au camion fou du 14 juillet à Nice. Une France où la candidature du président François Hollande à un second quinquennat paraît de plus en plus acquise, où son prédécesseur Nicolas Sarkozy talonne désormais dans les sondages son rival Alain Juppé pour la primaire à droite, et où la «gauche de gouvernement» ne sait plus à quel saint se vouer, écartelée entre le premier ministre Manuel Valls, et les deux anciens ministres de l'Economie Arnaud Montebourg (le plus à gauche, défenseur d'une plate-forme souverainiste et protectionniste lestée d'éventuelles nationalisations) et Emmanuel Macron (le plus au centre, partisan d'un social-libéralisme sur lequel il devrait lever un peu plus le voile cette semaine lors de la présentation de son programme). 

De l'autre côté ? Le Front national dont la tenue de ces «Estivales» de Fréjus ouvertes vendredi démontrent à nouveau l'objectif: rassurer, convaincre, démontrer que l'ex parti de Jean-Marie Le Pen (qui en a été exclu par sa fille) n'est plus protestataire. «Le Front National fait son miel du trouble profond de la France (...) Il fait sa pelote de la langueur démocratique (...) Il donne l'impression d'une force politique en ordre de bataille: un chef, un programme, une unité, trois éléments qui manquent à tous les autres partis aujourd'hui» confirme le politologue Pascal Perrineau, l'un des meilleurs connaisseurs de l'extrême-droite, auteur de «La France au Front» (Ed. Fayard).

David Rachline, nouveau directeur de campagne

Avec, dans ses rangs, une habile division des tâches entre les élus chargés de mettre de l'huile dans les rouages, comme le sénateur-maire de Fréjus David Rachline, 28 ans, prochain directeur de campagne de Marine Le Pen ou Steeve Briois, maire d'Hénin-Beaumont dans le Nord. Et, en marge, mais toujours très utiles pour ratisser des voix, les réseaux traditionnels de l'extrême droite «dure» dans les universités ou sur l'Internet: «La fachosphère est le milieu qui a le plus progressé dans les médias sociaux entre 2007 et aujourd'hui»  peut-on lire dans «La Fachosphère» de Dominique Albertini et David Doucet (Ed. Flammarion), tout juste paru. Explication de ce terme: «L'extrême-droite française dans sa diversité, identitaires et maurrassiens, frontistes et disciples du gourou Alain Soral, néofascistes et cathos tradis». 

La France dans le viseur du Front National et de Marine Le Pen est celle que les débats des «Estivales» de Fréjus comptent bien disséquer tout le week-end, au bord de la Méditerrannée, en ruminant l'échec électoral de la liste conduite par Marion Maréchal-Le Pen lors des dernières élections régionales de décembre 2015, en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Arrivée nettement en tête au premier tour avec 40% des suffrages, la nièce de Marine Le Pen- considérée comme l'égérie de l'aile droite du FN et surnommée par ses détracteurs «Travail-Famille-Patrie» (en référence au slogan du régime de Vichy pendant la guerre) - avait finalement raté  la présidence de la région face à l'ex maire de Nice Christian Estrosi (45%-55%), en raison du retrait de la gauche.

Huit mois plus tard, au vu des tensions exacerbées par l'attentat suicide commis à Nice sur la Promenade des anglais, la réunion de Fréjus tombe donc à pic pour le Front national, dont la présidente a habilement pris soin, ces dernières semaines, d'insister sur la «compatibilité de l'islam avec la République», afin de désarmorcer le procès en «choc des civilisations et des religions qui lui est fait». «Je ne lutte pas contre l'islam, je ne lutte pas contre une religion (..) je lutte contre le fondamentalisme islamiste» a-t-elle répété le 11 septembre à TF1. Une ligne politique qu'elle espère gagnante, alors que Nicolas Sarkozy ne cesse de renchérir sur ce thème en demandant l'internement de tous les suspects radicalisés fichés S repérés en France, même s'ils n'ont commis aucun délit. «Le débat à l'intérieur de l'extrême droite française sur l'islam est beaucoup plus pluriel que l'impression qu'on peut en avoir aujourd'hui, avec une islamophobie apparente» expliquait samedi au Monde l'historien Nicolas Lebourg, auteur d'un autre livre sur la France contaminée par le FN: «Lettre aux Français qui croient que cinq ans d'extrême droite remettraient la France debout» (Ed. Les Echappés)


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