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Dans l’usine Smart de Hambach. Une majorité d’employés était favorable aux 39 heures, mais l’option a dû être abandonnée. 
© JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

Travail

Cette paralysie sociale qui épuise la France

Contesté par les syndicats et les étudiants qui appellent à la grève ce mercredi, le projet de réforme du code du travail est emblématique du blocage de l’hexagone. Alors que, sur le terrain, patrons et employés sont souvent d’accord pour plus de flexibilité

Et si, demain, les syndicats français les plus durs perdaient finalement leur bras de fer avec le gouvernement de Manuel Valls? Et si une nouvelle France, capable de commencer à se réinventer socialement, émergeait enfin? A en juger par le nombre des pétitionnaires en ligne – plus d’1,2 million de signatures recueillies sur le site www.change.org – opposés à la réforme du Code du travail, et au vu de la mobilisation des organisations étudiantes, la question semble tranchée. Reportée au 24 mars pour permettre au premier ministre de consulter à nouveau cette semaine les partenaires sociaux, la future mouture du projet de loi – avant une guerre de tranchées parlementaire annoncée à gauche – risque d’être édulcorée, compliquée et surtout mal adaptée aux besoins urgents des entreprises françaises, dont le manque de confiance en l’avenir reste l’un des principaux freins à l’investissement et à l’embauche.

Lire l'éditorial : Ces Français qui n’ont pas peur des réformes

Un profond décalage

Et pourtant. Comment ne pas être frappé, une fois de plus en France, par le décalage entre le débat politique et syndical et la réalité socio-économique? Les 35 heures hebdomadaires adoptées en 2000, que le projet de loi actuel maintient tout en permettant de les contourner par des accords d’entreprises soumis au vote ou en raison de «circonstances exceptionnelles»? «Cette question est presque tranchée dans les faits, explique Sandra Enlart, directrice franco-suisse de l’Association entreprise et personnel, qui regroupe les directeurs des ressources humaines de la plupart des grandes entreprises hexagonales. Le secteur privé s’est adapté, avec malheureusement pas mal de complications pour les PME. Les 35 heures sont un marqueur politique.»

Lire aussi: Droit du travail: l'impossible révolution française

La question du plafonnement des indemnités de licenciement et la facilitation de la rupture du contrat de travail, sur laquelle la loi Macron, promulguée en août 2015, avait ouvert une première brèche? «Regardez l’explosion des ruptures conventionnelles [départs volontaires négociés, instaurés en juillet 2008] poursuit-elle. Plus de 350 000 ont été signées en 2015. Cela prouve que les Français sont prêts à ces changements.» La marginalisation des partenaires sociaux via les référendums d’entreprise, qui pourraient permettre selon la future loi de s’opposer à une décision des syndicats majoritaires? Un conseiller ministériel la juge «logique au vu de ce qui s’est passé à la FNAC sur le travail du dimanche [où l’accord entre la direction et le personnel a été rejeté en janvier par trois syndicats sur six], ou à l’usine Smart de Hambach [où le retour aux 39 heures voté en décembre par une majorité d’employés a dû être abandonné].» Morale de l’histoire: le terrain, en France, précède de très loin l’exécutif.

Lire aussi :  Le virage social-libéral, acte 2

Coauteur du Décrochage industriel (Ed. Fayard), un essai sur la problématique désindustrialisation française, l’économiste Elie Cohen renchérit: «On ne comprend rien au caractère transgressif des propositions de Manuel Valls si on ne rappelle pas la situation du chômage français, ses pathologies, et l’échec de 30 ans de politiques publiques en la matière menées aussi par la gauche [avancement de l’âge de la retraite, 39 puis 35 heures, préretraites…] assène-t-il dans une tribune de l’agence Télos. Pourtant, ce problème est réglé ailleurs, en Allemagne, certes, mais aussi en Autriche ou dans les pays nordiques, voire en Europe du Sud avec le «JOBS Act» de Matteo Renzi en Italie.»

Un constat d’autant plus préoccupant que les dirigeants d’entreprise hexagonaux ne jugent guère pertinent le texte que la ministre du Travail Myriam El Khomri a promis de «défendre jusqu’au bout». Selon un sondage réalisé en 2015, 75% des directeurs des ressources humaines estimaient que leur principale priorité est d’obtenir la création d’une instance unique de concertation (au lieu de deux à trois actuellement). Même taux d’approbation pour les solutions radicales de simplification proposées par l’économiste toulousain Jean Tirole, Prix Nobel 2014: libéralisation complète mais taxation des licenciements (pour financer l’assurance chômage), et contrat de travail unique. «Le «JOBS Act» de Manuel Valls ne mérite ni un excès d’honneur, ni l’indignité. C’est juste un pas dans la bonne direction», complète Elie Cohen.

Lire également : Myriam El Khomri doit s’allier aux syndicats réformistes

Sortir de la paralysie sociale

Or, les indicateurs montrent que la France a un besoin urgent de sortir de cette paralysie sociale. Le 2 mars, l’annonce par l’Office allemand des statistiques du fait que les Etats-Unis sont désormais le premier partenaire commercial de l’Allemagne devant l’Hexagone (173 milliards d’euros contre 170) a secoué à Paris. Plus grave: la France a perdu depuis 2005 environ 10% de ses sites industriels de plus de 10 salariés, avec 190 fermetures d’usines recensées depuis 2013. Près de 400 000 emplois industriels y ont été détruits depuis 2008.

«La solution souhaitable pour sortir par le haut consiste à créer au sein des entreprises une dynamique pour un projet commun, explique Sandra Enlart. Au niveau national, c’est aussi la solution.» A bon entendeur…

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