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Philippe Palat, directeur du «Midi Libre».
© (DR)

Demain, quelle France? (5)

«Cette présidentielle va libérer la parole et la colère»

Directeur du «Midi Libre», Philippe Palat a également longtemps couvert l’actualité montpelliéraine

Début de soirée ensoleillé dans la commune périphérique de Saint-Jean-de-Védas, proche de Montpellier. Avant de nous rencontrer, Philippe Palat nous invite à discuter longuement avec Gil Lorfèvre, son collègue chargé de l’économie locale. On parle start-up, numérique, robotique, mais aussi viticulture, l’autre poumon du Languedoc-Roussillon. Notre tour d’horizon politique et présidentiel peut commencer…

Le Temps: La nouvelle région Occitanie, créée en 2015, comprend 13 départements. Ailleurs en France, les regroupements des anciennes régions font polémique. Ici, cette réforme territoriale a-t-elle fonctionné?

Philippe Palat: Ce nom d’Occitanie n’a aucune véracité historique, mais l’entité régionale a une cohérence. Une répartition des rôles économiques existe aussi entre sa capitale, Toulouse, tournée vers l’industrie avec Airbus et l’aéronautique, et Montpellier, ouverte au numérique. Politiquement, ce nouvel ensemble, en rapprochant Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, a aussi permis de pondérer la montée du Front national. La région de Toulouse, où la gauche est solidement enracinée, a permis de contrebalancer la montée du FN dans les zones à faible pouvoir d’achat. Vous avez compris que le score de Marine Le Pen à la prochaine présidentielle est aujourd’hui la principale question, ici. Toute une partie de la population vit recroquevillée sur elle-même. Ces Français-là ont la frousse. Les agriculteurs ont de bonnes raisons d’en vouloir à l’Europe. L’immigration, alors que nous sommes dans une terre de brassage, est beaucoup moins acceptée. Ici, la présidentielle va libérer la parole et la colère.

Lire aussi notre reportage: «Sunny French Tech», l'éclaircie numérique

– Montpellier donne l’impression de réussir sa reconversion économique. Un modèle ou une exception?

– L’ancien maire de la ville entre 1977 et 2004, le socialiste Georges Frêche (décédé en 2010), avait réussi à contenir l’influence électorale du Front national par une habile politique municipale axée sur le social, les loisirs, les sports et la culture. Il s’était aussi beaucoup investi dans la rénovation de l’habitat, dans la construction de lotissements. Et sur le plan économique, il fut l’un des premiers à miser sur l’innovation technologique, en partant du principe que nous n’avions rien d’autre… Ailleurs, à Béziers, Perpignan ou Beaucaire, tout s’est effondré. Résultat: Robert Ménard, proche de Marine Le Pen, a conquis en 2014 la mairie de Béziers et Julien Sanchez, du Front national, l’a emporté à Beaucaire. Dans le cas de ces deux villes, le centre était devenu mortifère. Fermeture des commerces. Paupérisation. Façades dégradées. C’est une réalité incontestable.

Notre dossier sur la présidentielle: La France en campagne

– Une autre ville est souvent mentionnée, entre Montpellier et Nîmes: Lunel, d’où plusieurs jeunes sont partis faire le djihad en Syrie et y ont trouvé la mort… Que s’est-il passé à Lunel?

– Avouons-le: nous n’avons pas vu venir ce foyer de radicalisation islamique resté souterrain, dans la clandestinité. Nous avons tous tardé à comprendre le processus de recrutement au sein de la communauté immigrée, traditionnellement très importante à Lunel. Je n’y vois pourtant pas un phénomène de masse. La foudre du djihad et de Daech qui est tombée sur Lunel est similaire à ce qui s’est passé dans des communes de la banlieue parisienne. On se tromperait si on stigmatisait aujourd’hui ces populations.

– Comment se conjuguera l’avenir de Montpellier et de la région?

– Le développement du numérique est l’une des clés. J’en vois une autre: que cette région cesse enfin de tourner le dos à la mer. Nous disposons d’un front littoral de plus de 250 kilomètres. Il est temps que l’on cesse de penser uniquement en termes de tourisme de masse. Le futur développement de Montpellier, c’est le port de Sète. Une ville comme Narbonne a aussi un très gros potentiel. Elle est à la croisée des chemins. Elle peut avoir un nouveau destin. Qu’on le veuille ou non, la réforme territoriale française est en train de redistribuer les cartes.


Notre partenaire «Midi Libre»

Propriété du groupe «La Dépêche du Midi» de Toulouse, «Midi Libre» est le grand quotidien de l’ancienne région Languedoc-Roussillon, fusionnée en 2015 avec Midi-Pyrénées et rebaptisée Occitanie. Le journal couvre tous les territoires méridionaux à l’ouest du Rhône. Il diffuse 14 éditions dans six départements. Son tirage quotidien est de 130 000 exemplaires et son édition du dimanche dépasse les 170 000. Midi Libre édite également plusieurs magazines régionaux de qualité comme «Midi Gourmand» ou «Terre Catalane», ainsi qu'une dizaine de hors-séries par an.

Dossier
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