L’avenir du Royaume-Uni repose – un peu – sur les épaules de Chris Carlin. Le retraité n’a jamais voté conservateur, mais pour la première fois de sa vie, lui qui a voté Brexit il y a trois ans envisage sérieusement de soutenir le parti de Boris Johnson, le premier ministre britannique. «Il faut que le Brexit ait lieu et il est sans doute le seul qui puisse le faire.» Mais Chris Carlin hésite encore à franchir le pas. Il préfère d’habitude les travaillistes et déteste les tories.

Si Boris Johnson réussit à organiser des élections législatives, comme il le réclame à grands cris, il devra compter sur des voix comme celle-là. Chris Carlin habite Crewe, une circonscription située à 50 kilomètres au sud de Manchester, que les conservateurs doivent absolument remporter s’ils veulent obtenir une majorité. Ici, on vote généralement avec le reste du pays: travailliste sous Tony Blair, conservateur sous David Cameron… Et en 2017, la circonscription a basculé travailliste, de seulement 48 voix, privant Theresa May d’une majorité absolue. Chaque vote va compter.

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Rebasculer du côté des conservateurs

Le Brexit, qui a reçu 60% de soutien ici, a complètement détraqué ce baromètre de la politique britannique. Si Chris envisage pour la première fois de basculer chez les conservateurs, Francesca Francis pense également à quitter les travaillistes mais… pour aller de l’autre côté, chez les libéraux-démocrates, qui prônent l’annulation du Brexit. Volontaire dans un magasin de livres d’occasion, elle a voté contre le Brexit il y a trois ans. «Je suis très déçue de Jeremy Corbyn, qui hésite trop. Il faut qu’il nous dise s’il est pour ou contre le Brexit.»

Entre les travaillistes attirés par Boris Johnson et ceux déçus par Jeremy Corbyn, la circonscription semble mûre pour retomber du côté des conservateurs. Les sondages pour l’ensemble du Royaume-Uni indiquent la même chose: les tories ont 33% de soutien, environ 10 points de plus que les travaillistes actuellement.

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Un lieu de transit en déclin progressif

Cette circonscription installée dans une jolie campagne verdoyante est coupée en deux. Crewe à proprement parler est sur un déclin progressif depuis des décennies. L’ancien centre ferroviaire, qui construisait rails, locomotives et wagons, n’est aujourd’hui plus qu’un lieu de transit où les passagers changent de train sans passer au centre-ville. «Cet endroit vote traditionnellement travailliste, mais le message de Boris Johnson (sur le Brexit) y est très bien accueilli, analyse le candidat conservateur à la députation Kieran Mullan. Les gens n’aiment pas Jeremy Corbyn et ils veulent mettre en œuvre le Brexit.» Beaucoup le disent en baissant légèrement la voix: ils veulent réduire la vague d’immigration d’Europe de l’Est, que symbolisent les supermarchés polonais et roumains installés à l’entrée du centre-ville.

Nantwich, à dix minutes de train de là, est une bourgade beaucoup plus prospère, avec ses maisons à colombages, sa librairie indépendante et ses contre-allées pavées. L’endroit est traditionnellement conservateur, mais est moins en faveur du Brexit.

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Ce «satané Brexit»

Dans une jolie boutique de vêtements, Cheryl et Angela, les deux vendeuses, ont voté respectivement pour et contre le Brexit. Aujourd’hui, chacune campe sur ses positions. «Je veux juste qu’on sorte de l’Union européenne, quelle que soit la méthode», explique la première, qui soutient Boris Johnson. «C’est un bouffon, rétorque la seconde. Normalement, je vote conservateur, mais peut-être que je vais changer.» Elles ne sont d’accord que sur un point: qu’on arrête de parler de ce satané Brexit. Malheureusement pour elles, c’est improbable avec les potentielles élections à venir.

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