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Des vignes près de Saint-Emilion, une des principales régions viticoles de Bordeaux.
© Bob Edme

FRANCE

Cette «toxic-viticulture» qui gangrène le Bordelais

Plusieurs livres accusateurs reprochent aux viticulteurs du Bordelais d’être devenus des «alchimistes»

Son essai ne sera sûrement pas en vente à la librairie de la future «Cité du Vin», dont l’inauguration est attendue en juin à Bordeaux, sur les quais de la Garonne. Auteure en 2015 de «Vino Business» (Ed. Albin Michel), la journaliste Isabelle Saporta avait précédé ses collègues Martin Boudot et Antoine Dreyfus, auteurs de «Toxic» (Ed. Les Arènes) et de la récente enquête télévisée de Cash investigation sur l’abondante utilisation des pesticides dans l’agriculture française. Sa cible? Les viticulteurs «alchimistes» de l’hexagone: «En France, le vin jouit d’une incroyable impunité», peut-on lire dans «Vino Business». C’est l’un des seuls produits à ne pas devoir se plier à une limite maximum de résidus. On l’exige des fruits et légumes, des farines et des pains. Mais pas du vin.

Lire aussi : Pesticides: faut-il craindre nos légumes?

Les enjeux sont énormes. En 2014, la France est redevenue le premier producteur viticole mondial, selon l’Organisation Internationale de la vigne et du vin, avec 46,1 millions d’hectolitres. Mieux: le secteur a connu cette année des exportations record de 11,7 milliards d’euros. Alors? «Personne n’ose aborder, dans cette région, la question des dommages à long terme, sur la santé, causé par le recours massif aux substances chimiques» concède un notable bordelais.

Ce dernier confirme pour «Le Temps» les informations d’Isabelle Saporta: si le traitement des raisins avant vinification est suivi de près, les contrôles s’évaporent par la suite, des cuves aux bouteilles. Or sur dix substances appliquées sur les vignes, cinq risquent de se retrouver dans la vigne et trois dans le vin.

«Mauvaise mondialisation»

Les professionnels du secteur ne nient pas. Ils nuancent. «Il y a eu une période, les années 90-2000, où les mauvaises pratiques se sont accrues, sur fond de baisse des ventes et d’arrivée des grands investisseurs internationaux dans la région. L’argent des Asiatiques qui coulait à flots, les yeux fermés, a notamment engendré des pratiques discutables. Le vent d’une mauvaise mondialisation a soufflé. Mais le tir a été corrigé», promettent sur le bout des lèvres les organisateurs de la route des Vins, dont la prochaine édition aura lieu du 23 au 26 juin.

Sauf que l’enquête de Cash investigation en a remis une couche: entre 2008 et 2013, le département de la Gironde – dont Bordeaux est le chef-lieu – a été le plus exposé aux pesticides classés dangereux. 2 700 tonnes y seraient livrées par an, et certaines exploitations pratiquent jusqu’à 18 épandages avant vendange, loin devant les autres terroirs viticoles français. Or sur ces ajouts et pratiques, rien ne filtre: «Aucune trace de ces informations ne figure sur les étiquettes de nos grands crus», accusait en 2015 l’auteure de «Vino Business». Le royaume des divins nectars a su faire abdiquer l’Etat et ses gendarmes.

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