Une crise qui dure, comme en toile de fond. Depuis juin 2010, 235 jours ce jeudi, la Belgique n’a pas de gouvernement formellement installé. Mercredi, le roi a nommé Didier Reynders, président du Mouvement réformateur (centre droit), pour trouver une sortie de crise en deux semaines. «Notre pays est dans une situation particulièrement sérieuse», a jugé ce énième conciliateur.

Présidente de l’Union royale belge de Genève, Bernadette Gilbert constate que ses compatriotes se montrent «attentifs, voire préoccupés» par la situation. Chef de la neurochirurgie au CHUV, à Lausanne, Marc Levivier, venu de Bruxelles en 2007, résume l’état d’esprit: «Un sentiment très mélangé, amusé par la situation, mais consterné par l’image désastreuse qu’elle donne de la Belgique. On dit que le pays tourne quand même, mais lorsqu’on y va, on constate la dégradation de certaines infrastructures que les résidents ne remarquent peut-être pas au quotidien.»

La Suisse compte 10 700 résidents d’origine belge, presque autant que la totalité des Russes vivant ici. Leur nombre a fortement augmenté ces dernières décennies: en 1980, il n’y avait qu’à peine 4800 Belges en Suisse. Ils sont particulièrement présents dans les milieux de la recherche, de l’enseignement et de la santé. S’ils se gardent de faire des comparaisons entre les deux pays, Marc Levivier condense là aussi une impression partagée: côté suisse, «une volonté de vivre en commun, venue du peuple»; côté belge, «deux communautés qui n’ont jamais demandé à être ensemble». Au point d’aboutir à un psychodrame national de plus de sept mois. «Un peu tristounet, pour la capitale de l’Europe», regrette le médecin.