Avec l'ambition de bousculer par des opinions tranchées un paysage audiovisuel britannique jugé bien pensant, GB News s'est lancée dimanche. «Bienvenue au lancement de GB News, la chaîne d'information britannique destinée à donner une voix à ceux qui se sont sentis mis à l'écart ou même réduits au silence dans nos grands débats nationaux», a annoncé à exactement 21 heures (heure en Suisse) le présentateur Andrew Neil, star de l'audiovisuel britannique et président de la nouvelle chaine.

Pourfendeuse de la «cancel culture» qui interdirait de parole les voix conservatrices et du «woke» -cette prise de conscience des injustices notamment liées à la couleur de peau ou au genre-, la première chaîne d'informations à démarrer au Royaume-Uni depuis deux décennies assure s'adresser à un large public. Y compris à ceux qui ont voté en faveur du Brexit en 2016, et qui s'estiment oubliés de chaînes traditionnelles souvent critiquées comme trop centrées sur l'élite cosmopolite londonienne.

De grandes figures des médias britanniques

Ce nouveau venu du petit écran -drapé dans les rouge, blanc et bleu de l'Union Jack- espère devenir «la chaîne d'information du Royaume-Uni», bien qu'elle entre en concurrence directe avec la très installée chaîne privée Sky News et le géant de l'audiovisuel public britannique BBC.

Contrairement à ces dernières, elle ne proposera pas de journaux mais des émissions de débats menés par des présentateurs aux opinions tranchées.

«Nos présentateurs auront la liberté de dire ce qu'ils pensent, de s'amuser et d'être courageux sur les questions qui comptent vraiment pour les Britanniques», a déclaré le directeur de l'information et de la programmation John McAndrew dans un communiqué.

GB News a réussi à attirer dans ses filets certaines grandes figures des médias britanniques comme Andrew Neil -fort de ses 25 ans d'interviews mordantes à la BBC et de son passé de rédacteur en chef au Sunday Times-, mais se veut aussi novatrice avec une équipe de 140 journalistes basés à Londres.

Refus d'être comparé à Fox News

«Nous nous engageons à couvrir l'agenda des gens, et non celui des médias», a insisté Andrew Neil dans son discours de lancement, promettant de ne pas se faire l'écho de «la mentalité métropolitaine» et de la «bulle de Westminster, trop souvent obsédée par des questions qui sont sans importance pour les autres».

Depuis l'annonce de sa création, la chaîne a été accusée d'être un clone de la chaîne sensationnaliste américaine Fox News voulant alimenter une fracture culturelle sur laquelle surfent déjà abondamment les puissants tabloïds britanniques. Outre son format, sa promesse de s'adresser à un public déçu de la BBC et se sentant sous-représenté dans le débat sur le Brexit, suscite des comparaisons avec la chaîne américaine, qui séduit les téléspectateurs hostiles aux politiques et médias traditionnels.

Andrew Neil rejette une analyse «simpliste et inexacte»: «En termes de format, nous ressemblons à Fox, mais nous ne serons pas comme Fox dans la mesure où ils viennent d'une droite dure qui soutient un agenda de la conspiration et de la désinformation.»

Le PDG de GB News, Angelos Frangopoulos, qui avait mis en place une programmation ressemblant à celle de Fox lorsqu'il était à la tête de Sky News Australia, a également réfuté la description de GB News comme un équivalent de droite de la BBC.

Crainte de débats hostiles aux militants de la justice sociale

Pour Jane Martison, professeur en journalisme de la City University de Londres, l'ambiance avant ce lancement relève d'une «certaine hystérie des deux côtés». «Certains disent que c'est Fox, alors que la chaîne n'est pas encore lancée, attendons donc de voir», a-t-elle dit à l'Agence France Presse (AFP). «De l'autre côté, si vous critiquez la chaîne, vous êtes accusés de faire partie de l'intelligentsia libérale, ce qui est un argument simpliste et un peu hostile.»

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Selon l'enseignante, il ne sera pas possible que GB News reproduise Fox News, en raison «des règles d'impartialité» de l'Ofcom, le gendarme de l'audiovisuel britannique, mais il «sera très intéressant de voir comment ils se conformeront aux règles établies».

Des Freedman, professeur à l'université Goldsmith de Londres, craint lui que cette nouvelle chaîne n'invite sur les plateaux télé les débats d'idées hostiles à celles des militants de la justice sociale, comme c'est déjà le cas dans de nombreux tabloïds britanniques. «Il ne s'agira pas de "breaking news"», a-t-il estimé, «il s'agira de discussions sur des canapés, dominées par des gens ayant un point de vue très arrêté sur la liberté d'expression et l'idée que nous sommes au milieu d'une guerre culturelle».