Asie

La Chambre des députés dissoute au Japon, ouvrant la voie à des élections anticipées

Le premier ministre Shinzo Abe a décidé jeudi de dissoudre la Chambre des députés. Des élections législatives anticipées pourraient avoir lieu le 22 octobre

La Chambre basse du parlement japonais a officiellement été dissoute jeudi 28 septembre sur décision du premier ministre de droite, Shinzo Abe, qui provoque ainsi des élections anticipées dans lesquelles son parti va devoir affronter celui de la gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike.

«En vertu de l’article 7 de la Constitution, la Chambre basse est dissoute», a déclaré jeudi le président de cette assemblée en session plénière. «Banzai, banzai, banzai» (longue vie à l’empereur), ont hurlé les députés en levant les bras au ciel, puis ils ont déserté l’hémicycle où devait s’ouvrir ce même jour une session parlementaire extraordinaire.

«Un difficile combat commence aujourd’hui», a déclaré ensuite à ses troupes Shinzo Abe. «Nous devons résoudre le problème des missiles et du programme nucléaire nord-coréen et avons la responsabilité d’embellir la vie des citoyens», a-t-il ajouté.

Yuriko Koike a déjà fourbi ses armes

Le premier ministre a accéléré le calendrier électoral dans le but de couper l’herbe sous le pied de Yuriko Koike, mais, rompue aux tactiques du monde politique, cette dernière avait déjà fourbi ses armes. Elle a annoncé lundi la création du Parti de l’espoir et en a pris la direction. Elle est en passe de faire voler en éclats le Parti démocrate, formation de centre gauche qui, bien que très affaiblie, était jusqu’à présent la figure de proue de l’opposition.

Le président de ce parti, Seiji Maehara, pourrait selon la presse annoncer dans la journée que les candidats de cette formation se présenteront finalement sous l’étiquette du Parti de l’espoir. «Même s’il ne s’agit pas d’une fusion entre le Parti démocrate et le Parti de l’espoir, on peut imaginer que les membres du premier qui, individuellement, partagent la politique du Parti de l’espoir, particulièrement en matière de sécurité et de défense, se présentent sous ses couleurs», a commenté sur son compte officiel d’une plateforme en ligne Mineyuki Fukuda, ex-député du Parti libéral-démocrate (PLD) de Shinzo Abe et cofondateur du Parti de l’espoir.
La gouverneure de Tokyo avait déjà réussi à infliger une sévère défaite au PLD au moment du récent renouvellement de l’assemblée de Tokyo.

TVA, nucléaire et Constitution

«Dissolution égoïste», «dissolution de camouflage de scandales», divers surnoms sont donnés par l’opposition à cette décision prise soudainement par Shinzo Abe. L’intéressé la justifie par la nécessité de faire approuver ses orientations économiques, notamment sur l’emploi de l’argent issu d’une hausse programmée de TVA ou encore sur la fermeté à l’égard de la Corée du Nord menaçante.

Shinzo Abe avait déjà agi de la sorte en décembre 2014, pour obtenir le plébiscite sur sa politique de relance «Abenomics», profitant alors de la déliquescence de l’opposition. «Toute décision relative au système fiscal a une forte influence sur la vie des gens et doit dès lors être validée par les électeurs», avait-il justifié à l’époque.

«Abe a réussi à conserver son soutien en raison de conditions économiques relativement favorables, d’un manque de rivaux crédibles, et plus récemment grâce à sa position envers la Corée du Nord. Le principal risque aujourd’hui est celui d’un fort soutien pour le nouveau Parti de l’espoir, qui pourrait canaliser les électeurs mécontents et amoindrir les espoirs d’Abe de rester en place au-delà de 2018», échéance de son mandat à la tête du PLD, explique dans une note BMI Research. «Il est fort possible que la coalition formée par le PLD et son allié Komeito perde la majorité des deux tiers» qu’elle détenait dans l’assemblée dissoute, estime BMI.

Yuriko Koike est en tout cas bien décidée à établir une différence nette sur plusieurs points érigés par Shinzo Abe comme thèmes de campagne. Elle voudrait geler la hausse de taxe sur la consommation que Shinzo Abe a juré de réaliser en octobre 2019, après un «dernier report». Elle veut en finir avec l’énergie nucléaire, alors que Shinzo Abe est déterminé à relancer les tranches jugées sûres. Un point les rapproche cependant: la volonté de discuter d’une réforme de la Constitution écrite par les Américains après la guerre et qui, depuis son entrée en vigueur il y a septante ans, n’a pas été retouchée une seule fois.

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