Hommage

Sur les Champs-Elysées, le dernier feu Hallyday

C’est sur la célèbre avenue parisienne que sera rendu, samedi, l’hommage populaire à Johnny Hallyday en présence du président Emmanuel Macron. Les obsèques du chanteur auront lieu dans la foulée à l’église de la Madeleine.

Il avait allumé le feu le 14 juin 2000 devant une immense foule de fans massée sur le Champ-de-Mars, au pied de la tour Eiffel. Samedi, c'est une tout autre flamme qui embrasera l'avenue des Champs-Elysées: la flamme du souvenir et du recueillement, pour un convoi funéraire hors du commun, suivi par un cortège de bikers et de motards. Lequel partira de l'Arc de triomphe pour rejoindre la place de la Concorde, puis l'église de la Madeleine. L'ultime demeure du chanteur pourrait ensuite être l'île antillaise de Saint-Barthélemy, où il possédait une luxueuse villa. 

Point d'orgue de cette cérémonie d'adieu parisienne à Johnny Hallyday, décédé dans la nuit de mardi à mercredi dans sa résidence de Marnes-la-Coquette: une prise de parole à La Madeleine d'Emmanuel Macron, qui sera accompagné de son épouse Brigitte. Le président de la République, né en 1977 soit l'année du tube «J'ai oublié de vivre», avait rendu rendu hier un long et émouvant hommage au chanteur disparu: «Nous n’oublierons ni le nom, ni la gueule, ni la voix, ni surtout les interprétations qui, avec ce lyrisme brut et sensible, appartiennent aujourd’hui pleinement à l’histoire de la chanson française» affirme le communiqué élyséen. 

Preuve de l'ampleur nationale et institutionnelle du décès de Johnny, les députés français ont interrompu mercredi leur session de questions au gouvernement pour une minute de silence. L'annonce de la cérémonie, voulue par Laetitia Hallyday et par le producteur de l'artiste Jean-Claude Camus, a été faite ce jeudi par le préfet de police de Paris, oubliant au passage les frasques du rocker qui, toujours, revendiqua sa foi chrétienne: drogue, alcool et...exil en Suisse pour échapper au fisc.

Jusque-là, aucun hommage de cette importance n'avait été rendu en France à une vedette disparue de la chanson. En 1978, la mort accidentelle du chanteur Claude François, alors grand rival de Johnny sur les ondes et à la télévision, n'avait pas été suivie d'une telle démonstration d'unanimité quasi républicaine. Le journal Libération – qui encense ce jeudi matin Johnny avec une superbe «Une» sous le titre «Salut les Copains» – avait même manié l'ironie en titrant «Claude François a volté», allusion aux élections législatives organisées quelques jours plus tard.

Un hommage d'ampleur nationale

Quarante ans plus tard, le choix d'une procession sur les Champs-Elysées – jamais chantés par Hallyday, mais célébrés par un tube de Joe Dassin – avant ses obsèques catholiques à l'église de la Madeleine, témoigne à la fois de l'importance acquise par Johnny Hallyday dans la mémoire artistique française, et du tsunami d'images et d'hommages déclenché par sa disparition.

Contrairement au Méditerranéen Georges Brassens (décédé en 1981), au Monégasque Léo Ferré (décédé en 1993), au Belge Jacques Brel (décédé en 1978), à l'Américano-Français Joe Dassin (décédé en 1980) ou au Français d'origine égyptienne Claude François, Johnny Hallyday avait Paris dans les tripes. Il y était né en 1943. Il y fréquenta avec Eddy Mitchell et Jacques Dutronc – le trio des futures Vielles Canailles qui prévoyait ces jours-ci une nouvelle tournée – le mythique Golf Drouot. Il y participa, sur Europe 1, aux premières émissions de Salut les Copains et fut la vedette, en 1961, du premier Festival international de rock au Palais des sports. Avant d'enflammer l'Olympia dès 1962, puis lors du légendaire concert de 1966, avec le guitariste Jimmy Hendrix en première partie. 

«Merci Johnny»

L'idée controversée d'un hommage national était évoquée depuis plusieurs semaines, alors que l'état de santé de la star s'était sérieusement dégradé. La ministre de la Culture, l'éditrice Françoise Nyssen, avait demandé à son équipe de s'y préparer et plusieurs personnalités du spectacle, comme la comédienne Muriel Robin ou le journaliste Michel Drucker – en larmes sur France 2 à l'issue de l'hommage télévisuel mercredi –, avaient proposé les Champs-Elysées. Au final, la cérémonie ne sera pas officielle, mais l'affluence attendue en fera à coup sûr un grand moment français. Seuls quelques commentaires ironiques sur les comparaisons avec le cortège funèbre de Victor Hugo, mort à Paris le 22 mai 1885 puis transféré au Panthéon, ont nuancé le déluge médiatique. Ironie fatale du calendrier: le requiem pour le «feu» Hallyday sera précédé, vendredi, par un hommage national officiel aux Invalides à l'écrivain Jean d'Ormesson, décédé un jour plus tôt.

Pour accompagner le héros français du Rock N'Roll dans son ultime voyage, la façade de l'hôtel de ville de la capitale et la tour Eiffel seront flanquées à partir de vendredi du message «Merci Johnny». L'Accor Arena de Bercy, où le chanteur avait donné plus d'une centaine de concerts (dont le dernier en date avec ses complices Mitchell et Dutronc), sera transformé dès vendredi en chapelle ardente pour les fans qui pourront venir signer les livres d'or.

Son épouse Laeticia Hallyday, qui partageait sa vie depuis 1996, viendra à la rencontre de ce public désormais orphelin de l'artiste aux 51 albums et aux presque 700 représentations parisiennes. Coïncidence inédite: Laetitia, née en 1975, est de la même génération que le président français. Alors que l'épouse de celui-ci, Brigitte, est née en avril 1953, soit dix ans après la naissance de Jean-Philippe Smet, ce garçon abandonné très tôt par son père qui deviendra Johnny.

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