Les sondages sont stables depuis trois semaines et il ne devrait pas y avoir de surprises dimanche en Basse Saxe (Hanovre) et en Hesse (Wiesbaden, Francfort), deux Länder qui renouvellent leur personnel politique. Crédités de 10 à 12 points d'avance, les conservateurs de l'Union chrétienne démocrate (CDU) seront les triomphateurs de ces deux élections régionales très attendues. Les conservateurs sont déjà aux commandes de la Hesse depuis quatre ans; ils y consolideront leur domination. En Basse-Saxe en revanche, leur succès provoquera un changement de gouvernement. Les sociaux-démocrates (SPD) seront rejetés dans l'opposition ou alors, dans le meilleur des cas, ils participeront à l'exécutif régional comme partenaire minoritaire. Cette défaite leur sera d'autant plus pénible que ce Land est celui de Gerhard Schröder, leur président. Il y a régné pendant huit ans avant d'être élu chancelier. La perte de ce bastion va laisser des traces durables au sein du SPD et cette issue ne sera pas sans conséquence sur la politique nationale.

L'origine de la débâcle programmée du SPD est à chercher à Berlin, dans les débuts chaotiques du gouvernement Schröder, confirmé de justesse à l'issue des législatives nationales de l'automne dernier. En quelques semaines, la coalition de centre gauche (SPD-Verts) a pris des mesures financières et fiscales qui ont soulevé la colère dans la population. Quand il a reçu sa fiche de paie de janvier, l'employé allemand a compris sa douleur: le relèvement des prélèvements sociaux (retraite, maladie, chômage) lui coûte, en moyenne, plus de 100 euros. S'ajoute l'abolition de privilèges fiscaux dont profitait la classe moyenne – le «nouveau centre» dont se réclame Schröder. En imposant ces sacrifices dans la précipitation, le SPD a trahi ses promesses électorales. L'élection de dimanche aura valeur de sanction.

En gagnant la Basse-Saxe, les conservateurs renforceront leur domination sur le Bundesrat, la Chambre des Länder, où ils ont jusqu'à présent une courte majorité. Cette institution deviendra un véritable contre-pouvoir au Bundestag, la Chambre du peuple, dominée de justesse par la coalition SPD-Verts dont est issu le gouvernement. Cette cohabitation à l'allemande présente un danger majeur: toutes les lois importantes proposées par le cabinet Schröder risquent d'échouer sur le pouvoir de blocage de l'opposition. Une paralysie politique est à craindre, même si le scénario inverse d'une dynamique féconde provoquée par les circonstances exceptionnelles ne peut pas être exclu.

L'entourage du chancelier anticipe la nouvelle donne en annonçant depuis plusieurs jours «un nouveau départ». Ainsi un papier de réflexion pondu à la Chancellerie a circulé au début janvier: on y lisait des plans pour bouleverser la sécurité sociale afin d'en rendre le coût plus supportable. Schröder est-il capable de ce sursaut? Sa politique économique et sociale hésitante l'a affaibli. Sa position devient toujours plus inconfortable: il devra faire en permanence des concessions à l'opposition au moment même où l'aile gauche de son parti est tentée de durcir le ton.

Autorité vacillante

Après l'échéance de dimanche, le SPD ne devrait pas échapper à un débat de fond sur ses orientations. Gerhard Schröder, qui n'a jamais été aimé par les siens, aura l'occasion d'y rétablir son autorité vacillante. Suivra-t-il son ministre de l'Economie? Les circonstances, souffle Wolfgang Clement, exigent de renouer avec l'esprit libéral de la «troisième voie»: «Nous n'avons pas le choix.» Mais le chancelier pourrait bien retrouver un ennemi sur son chemin: le retour à la politique d'Oskar Lafontaine, héros blessé de la gauche du SPD, est évoqué dans la presse. Après avoir quitté brutalement ses mandats (chef du SPD et ministre des Finances) en raison d'un profond désaccord avec Schröder, Lafontaine n'a pas cessé de critiquer l'action du chancelier. Déjà les dirigeants du parti sont crispés. Ils ne veulent voir en lui qu'un «traître». Pourtant ses valeurs restent partagées par nombre de militants.