Elle n’avait jamais autant préparé les marchés. Elle ne pouvait plus faire marche arrière sans perdre une partie de sa crédibilité. Mercredi, la Réserve fédérale a annoncé qu’elle allait relever son taux d’intérêt directeur d’un quart de point. Le moment est historique et marque la fin symbolique de la grande récession qui a secoué les Etats-Unis entre 2007 et 2009. La Fed n’avait plus haussé ses taux depuis juin 2006 et les avait réduits à presque zéro en pleine crise financière en 2008. Depuis, elle a mené une politique extraordinairement accommandante d’assouplissement monétaire pour soutenir une économie qui a connu, au moment de l’éclatement de la bulle immobilière découlant des subprimes en 2008, la pire crise depuis la Grande Dépression des années 1930.

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La décision de la Fed, à haut risque, marque un tournant. Elle a été prise à l’unanimité des dix membres du Comité de politique monétaire de l’institution. Sa présidente Janet Yellen l’a justifiée mercredi en conférence de presse, soulignant que les perspectives en termes d’emploi et de croissance sont suffisamment robustes pour inciter la banque centrale à faire ce premier pas. «Un relèvement modeste (du taux directeur) est approprié étant la bonne performance de l’économie qui va perdurer», a déclaré Janet Yellen.

Même après cette décision, la politique monétaire (de la Fed) reste accommodante et nous l’adapterons en fonction de l’évolution de l’emploi et de l’objectif des 2% d’inflation.

La communication étant toujours fondamentale dans ce type d’événement, la présidente de la Fed a exprimé la confiance des autorités dans l’évolution économique à venir, mais elle a aussi mis en garde: «Même après cette décision, la politique monétaire (de la Fed) reste accommodante et nous l’adapterons en fonction de l’évolution de l’emploi et de l’objectif des 2% d’inflation.L’objectif est de relever le taux directeur de la Fed d’un point de base par an jusqu’en 2019 pour atteindre la barre des 3,3%.

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La bonne tenue du marché de l’emploi a fortement pesé dans la décision de la Fed de changer de cap. En 2015, l’économie américaine a créé 2,3 millions d’emplois. Le taux de chômage qui était à près de 10% au pic de la crise était de 5% en novembre. Le tableau est positif même si le taux de la population active demeure le plus bas depuis des décennies. Selon la Fed cependant, le taux de chômage devrait même baisser en 2016. Quant à la croissance du produit intérieur brut, elle n’est peut-être pas soutenue, mais elle demeure bonne en comparaison internationale. En 2015, elle devrait se chiffrer à 2,1%. Elle est revue à la hausse pour 2016 (2,4%). Le taux d’inflation américain reste très bas (0,4%) en raison notamment de l’effondrement des prix du pétrole et du gaz en raison d’une surproduction mondiale et d’une baisse sensible des coûts de la santé. La légère hausse des salaires et celle de la consommation intérieure n’a pas permis d’infléchir fondamentalement cette tendance. Les prévisions d’inflation annoncées par la présidente de la Fed sont claires: 1,9% en 2017 et 2% en 2018.

Des préoccupations quant à la santé de l'économie mondiale

En septembre dernier, après des semaines de spéculations, la banque centrale américaine avait finalement renoncé à un relèvement des taux en raison de préoccupations quant à la santé de l’économie mondiale. Les signes de ralentissement économique en Chine l’avaient incitée à retarder une décision très attendue. Cette préoccupation n’est plus aussi intense. Parmi les économistes, l’ex-secrétaire au Trésor de Bill Clinton et ex-conseiller économique en chef de Barack Obama Lawrence Summers n’approuve pas la décision de la Fed, estimant que l’état de l’économie des Etats-Unis n’est pas suffisamment robuste pour «mettre déjà le pied sur le frein». Il n’adhère pas non plus à l’argument selon lequel la Fed devait se donner une nouvelle marge de manœuvre monétaire au cas où la récession devait faire son retour.

Le New York Times fait un petit rappel historique qui remet en perspective la décision de la Fed. Les taux bas ne sont pas une anomalie. Entre 1876 et 1919 ainsi qu’entre 1924 et 1958, il n’était peut-être pas à zéro, mais ils sont restés très bas. L’exception fut plutôt la période entre 1970 et 2007 où ils étaient en moyenne de 7,3%.