Etats-Unis

Chantage nucléaire: Pyongyang provoque les Américains le jour de leur fête nationale

La Corée du Nord humilie Donald Trump en affirmant avoir procédé à un test «historique» d’un missile balistique intercontinental capable d’atteindre l’Alaska. La Chine et la Russie appellent à la «retenue»

C’est le genre de «cadeau» que Donald Trump n’attendait pas pour la fête nationale américaine et à quelques jours d’importantes rencontres en marge du sommet du G20. La Corée du Nord a affirmé mardi avoir testé un missile balistique intercontinental, qui selon des experts américains serait capable d’atteindre l’Alaska. Pour la première fois, la Corée du Nord, qui multiplie les lancers de missiles, représenterait un danger bien concret pour les Etats-Unis.

Sur Twitter, Donald Trump a vivement réagi en écrivant, à propos du dirigeant Kim Jong-un: «Ce type n’a-t-il rien de mieux à faire de sa vie?». Il somme le président chinois de mettre fin à cette escalade: «Difficile de croire que la Corée du Sud et le Japon toléreront cela très longtemps. Peut-être que la Chine va faire un geste fort au sujet de la Corée du Nord et mettre fin à cette absurdité une bonne fois pour toutes!». Ce à quoi le président chinois Xi Jinping, en visite à Moscou, a répondu, en affirmant avoir «accompli des efforts acharnés» pour résoudre la question nucléaire nord-coréenne.

Appel à un double moratoire

Via son ambassadeur aux Nations unies – la Chine vient de prendre la présidence du Conseil de sécurité –, Pékin appelle à la «retenue». «Si les tensions s’enveniment, tôt ou tard, cela va devenir hors de contrôle et les conséquences seront désastreuses», a affirmé le diplomate devant le Conseil de sécurité. Dans une déclaration commune, les ministères russe et chinois des Affaires étrangères appellent à un double moratoire: le gel des tests nucléaires et balistiques en Corée du Nord et, en échange, Washington renoncerait à des manoeuvres militaires à grande échelle et retirerait son système antimissiles Thaad déployé en Corée du Sud. L’expert militaire Alexandre Vautravers n’y croit pas. «Les Etats-Unis devraient prouver leur résolution à la non-proliferation atomique et balistique, et au contraire renforcer les mesures de protection antimissiles dans la région», explique-t-il au Temps. «Ils ont employé pendant des décennies la carotte avec la Corée du Nord et le bâton avec l’Iran. Or, on l’a vu, cela ne fonctionne pas ainsi avec Pyongyang».

La Corée du Nord a déjà procédé à cinq essais nucléaires, dont deux en 2016. Les tensions avec les Etats-Unis ont augmenté avec l’accession de Donald Trump au pouvoir, ce dernier n’ayant pas écarté l’option militaire. La Corée du Nord dit réagir aux «chantages américains» et justifie le développement de missiles intercontinentaux pour faire face à la «menace d’invasion» des 28 000 soldats américains postés en Corée du Sud.

C’est la télévision nord-coréenne qui a annoncé le lancement d’un missile Hwasong-14. La présentatrice a précisé qu’il avait volé à une altitude de 2802 kilomètres et sur une distance de 933 kilomètres. Il aurait fini sa trajectoire en cloche dans la mer du Japon. L’armée américaine précise que l’engin «de portée intermédiaire» – elle ne le qualifie pas encore de missile balistique intercontinental –, a volé pendant 37 minutes, une durée record.

D’un point de vue technique, si Pyongyang, visé par de nombreuses sanctions, veut aller plus loin, il s’agirait de miniaturiser une ogive nucléaire pour la monter sur le missile et être capable de le guider pour atteindre les Etats-Unis. On n’en est pas encore là, même si la Corée du Nord assure désormais être «en mesure de frapper n’importe quel point de la planète». Mais le bond technologique accompli par le régime a de quoi inquiéter. Les pressions exercées par les Etats-Unis et leurs alliés ne semblent pas déployer le moindre effet. Seule la Chine, dont dépend économiquement la Corée du Nord, serait susceptible d’agir sur le régime.

Pour David Wright, membre de l’Union of Concerned Scientists, le projectile testé pouvait atteindre une portée de 6700 kilomètres, «pas suffisante pour atteindre 48 Etats américains ou les plus grandes îles d’Hawaï, mais assez pour atteindre tout l’Alaska», écrit-il sur son blog. Ce nouvel essai promet de vives discussions au sommet du G20 qui se tiendra en fin de semaine à Hambourg.

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