Le drapeau européen signé de tous les participants, une liasse de billets de 100 euros à son effigie… Le club des ministres des Finances de la zone euro a pris congé lundi avec quelques cadeaux de Wolfgang Schäuble, grand Argentier d’Angela Merkel pendant huit ans, le plus ancien – et le plus puissant – des membres de l’Eurogroupe.

«Huit ans au sein de l’Eurogroupe, ça suffit. Même si bien sûr le quitter fait aussi mal», a commenté l’intéressé, laconique. Wolfgang Schäuble n’a pas l’habitude de s’épancher. A 75 ans, ce vétéran de la politique devra laisser les Finances allemandes à l’un des nouveaux partenaires de coalition d’Angela Merkel suite à la victoire décevante des conservateurs allemands le 24 septembre. Schäuble prendra fin octobre la présidence du Bundestag, dont il est membre depuis 1972.

Son départ va entraîner une redistribution des cartes au sein de l’Eurogroupe, d’autant que son actuel président, le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem, souvent sur la même ligne, quittera lui aussi son poste en janvier 2018. «Il nous manquera, son expérience, sa sagesse, sa dureté parfois, et à moi personnellement en tant qu’ami, a affirmé lundi le président de l’Eurogroupe. Il a été un grand collègue pour nous tous, nous donnant des conseils, parfois demandés, parfois non, mais toujours bienvenus.»

Adulé en Allemagne, vilipendé au sud de l’Europe

Européen convaincu et chantre des budgets à l’équilibre, Wolfgang Schäuble a imposé au reste de l’Europe sa conception de l’orthodoxie financière. Adulé en Allemagne, où il est régulièrement le ministre le plus populaire du Cabinet, il est au sud de l’Europe un personnage des plus contestés.

Au plus fort de la crise grecque, en 2015, le puissant ministre, intraitable tout au long des tractations pour sauver la Grèce, était allé jusqu’à prôner une sortie temporaire du pays de la zone euro, ce qui lui vaut aujourd’hui encore de solides inimitiés à Athènes. Alors ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, une personnalité de gauche controversée, connue pour ses critiques contre l’Eurogroupe, l’avait accusé d’avoir «mené l’Europe dans l’impasse.»

Redressement économique

«Lorsque je suis arrivé au ministère des Finances en 2009, la crise de l’euro venait de commencer. Pendant ces huit années, nous avons maintenu la stabilité de l’euro. La situation économique de tous les pays membres est aujourd’hui plus stable. Le Portugal par exemple est la preuve que notre politique de stabilisation de l’euro a été couronnée de succès», rappelait lundi l’intéressé. Schäuble, assurent ses opposants, est toujours persuadé d’avoir raison.

«Schäuble, estime le quotidien de centre-gauche Süddeutsche Zeitung, est un Sphinx allemand, et un négociateur au sang froid.» De fait, son nom est associé à toutes les négociations importantes menées par l’Allemagne au cours des dernières décennies. Fidèle lieutenant d’Helmut Kohl qui en avait fait son héritier avant de se rétracter en 1998 pour se présenter une dernière fois aux élections – et y subir une cuisante défaite face à Gerhard Schröder –, Wolfgang Schäuble a négocié l’accord de la Réunification avec la RDA, et géré le scandale des caisses noires de la CDU, ce qui lui a valu de se faire doubler par Angela Merkel. Il n’a jamais pardonné à Helmut Kohl de l’avoir alors sacrifié, malgré son extrême loyauté.

Eternel numéro 2

Sa carrière a connu des hauts et des bas. Pressenti pour devenir président de la République ou maire de Berlin – redevenue capitale grâce à l’un de ses vibrants discours devant le Bundestag –, Schäuble a du à chaque fois céder la place à des seconds couteaux, moins brillants que lui. «Wolfgang Schäuble est l’éternel numéro 2, résume le magazine Die Zeit. Il sait depuis longtemps qu’il ne sera jamais chancelier. Et ça lui donne une incroyable indépendance.»

«Il a subi un grand nombre de déceptions et de catastrophes», ajoute la Süddeutsche Zeitung. Schäuble est cloué dans un fauteuil roulant depuis un attentat commis par un déséquilibré, au cours de la campagne électorale de 1990. Un temps ministre de l’Intérieur d’Angela Merkel, il s’est illustré par une poigne de fer, et quelques citations controversées comme lorsqu’il se demandait s’il ne faudrait pas «assassiner les terroristes».

Mais sa passion et son terrain de prédilection restent l’Europe. Une Europe conforme aux intérêts allemands, estiment ses détracteurs. «Une Europe solide», rétorque l’intéressé. Lundi, il mettait en garde à mots voilés contre les projets européens du président français Emmanuel Macron, se disant opposé à un budget européen.