Dimanche 16 janvier, 20h

L’assaut du palais de Carthage par l’armée. De violents affrontements ont opposé dimanche à Tunis forces de sécurité et éléments fidèles au chef de l’Etat déchu . L’armée tunisienne a donné l’assaut au palais présidentiel de Carthage dans lequel sont retranchés des éléments de la garde présidentielle de Ben Ali, selon une source sécuritaire tunisienne. L’ex-chef d’état-major français et ex-ambassadeur en Tunisie, l’amiral Jacques Lanxade, estime d’ailleurs que «c’est l’armée qui a lâché» le président tunisien et qu’elle peut être un «élément stabilisateur» pour sortir du chaos, dans une interview il au quotidien Le Parisien. «Chef d’état-major de l’armée de terre, le général Rachid Ammar a démissionné en refusant de faire tirer l’armée et c’est probablement lui qui a conseillé à Ben Ali de s’en aller en lui disant: «Tu est fini», ajoute l’amiral.»

Pss de tolérance pour le chaos. Pendant ce temps, le premier ministre tunisien, Mohammed Ghannouchi, a averti dimanche soir que les autorités tunisiennes de transition ne feraient preuve d’«aucune tolérance» avec ceux qui sèment le chaos dans le pays, dans une déclaration téléphonique à la télévision publique. «On a arrêté un grand nombre de bandes criminelles qui cherchent à semer le chaos. Les forces de l’ordre, l’armée, la police et la garde nationale sont en train d’accomplir un travail héroïque pour garantir la sécurité de la nation et des citoyens», a déclaré M. Ghannouchi.Interrogé sur la nature de ces bandes criminelles par une journaliste de la télévision d’Etat, il a répondu: «Je ne peux pas me susbtituer à la justice. C’est elle qui identifiera ces énigmes.»

Dimanche 16 janvier, 19h

Lucas Mebrouk Dolega pas mort. Le photographe franco-allemand de l’agence EPA Lucas Mebrouk Dolega, 32 ans, blessé vendredi à Tunis, est dans «un état critique» mais il n’est pas décédé, a indiqué dimanche le consulat français à Tunis, revenant sur une précédente information faisant état de sa mort (lire ci-dessous).

Dimanche 16 janvier, 18h40

Nouveau gouvernement. La composition du nouveau gouvernement tunisien doit être annoncée lundi, a annoncé dimanche une dirigeante d’un parti d’opposition, selon qui les partis auparavant proches du pouvoir en seront écartés. Ce gouvernement sera composé de représentants du mouvement Ettajdid (Renaissance), du PDP, du Front démocratique pour le travail et les libertés (FDTL), ainsi que de personnalités indépendantes», a-t-elle ajouté. Ces trois formations faisaient partie de l’opposition légale dans le pays. «Les prochaines élections seront surveillées par un comité indépendant et des observateurs internationaux, pour des élections libres et transparentes», a souligné la dirigeante, qui a précisé que les trois partis avaient demandé une amnistie générale pour tous les prisonniers politiques.

Dimanche 16 janvier, 18h30

Diplomatie. Kamel Morjane, le ministre des Affaires étrangères de l’ancien gouvernement tunisien, assistera cette semaine au sommet économique arabe à Charm el-Cheikh, en Egypte, afin d’informer ses homologues des développements dans son pays, a annoncé dimanche le numéro 2 de la Ligue arabe, Ahmed ben Helli. Par ailleurs, le chef de la diplomatie égyptienne, Ahmad Aboul Gheit, a qualifié dimanche d’«absurdes» les craintes de contagion dans les autres pays arabes.

Dimanche 16 janvier, 17h30

Responsabilité des exactions. La thèse de la responsabilité des fidèles de l’ex-président Zine El Abidine Ben Ali dans le climat d’exactions et d’insécurité qui règne en Tunisie depuis la fuite vendredi du dictateur s’est singulièrement renforcée dimanche, avec l’arrestation de deux de ses proches. Un cap semble même avoir été franchi: de véritables combats opposaient dimanche après-midi des miliciens armés postés dans des immeubles du centre ville de Tunis et les forces loyales aux nouvelles autorités de transition, tout près du Ministère de l’intérieur et de ses dépendances.

Dimanche 16 janvier, 17h

Rapatriements. Le rapatriement de milliers de touristes européens bloqués en Tunisie s’est poursuivi à un rythme soutenu au cours du week-end et devait être quasiment achevé dimanche soir, en dépit de quelques contre-temps liés au couvre-feu ou aux autorisations d’atterrissage.

Nouvelles accusations contre Ben Ali. L’ambassadeur démissionnaire de la Tunisie à l’Unesco Mezri Haddad accuse dimanche le président tunisien déchu Zine El Abidine Ben Ali d’avoir «prémédité l’anarchie avant son départ» du pouvoir vendredi et de «téléguider les opérations», dans un communiqué reçu par l’AFP. «Il a donné des armes et beaucoup d’argent à sa garde rapprochée et à ses fidèles afin qu’ils provoquent la guerre civile dès son départ de Tunisie. Il leur a donné l’ordre de déclencher les opérations bien avant de prendre la décision de fuir. Il a sollicité l’aide de la Libye pour qu’elle intervienne», affirme le diplomate. «Ce plan criminel et machiavélique n’avait qu’un seul objectif: reprendre le pouvoir», poursuit-il accusant Ben Ali de «téléguider, par téléphone, les opérations jusqu’à ce jour et de faire passer ses crimes actuels pour des crimes commis par les islamistes et l’opposition de gauche».

Dimanche 16 janvier, 16h20

Biens de Ben Ali en Suisse. L’Association des Tunisiennes et Tunisiens en Suisse a demandé au Conseil fédéral de bloquer «immédiatement» les biens détenus par l’ancien président tunisien Zine el Abidine Ben Ali en Suisse. Ces avoirs ne doivent pas «disparaître au détriment de son légitime propriétaire, la République Tunisienne», a plaidé l’association. La demande, formulée dans une lettre datée de dimanche et dont l’ATS a reçu une copie, vise particulièrement les avoirs bancaires déposés en Suisse. L’Association, représentée par un avocat, réclame aux autorités suisses «une injonction destinée à toutes les banques». Cette demande englobe les biens immobiliers et mobiliers que l’ancien président et les membres de sa famille possèdent en Suisse.

L’ex-chef de la sécurité arrêté. L’ex-chef de la sécurité du président déchu Zine El Abidine Ben Ali a été arrêté à la demande de la justice tunisienne qui l’accuse d’être responsable des récentes exactions commises contre la population, a annoncé dimanche une source officielle. Cet homme-clé de l’ancien régime était derrière les milices responsables des désordres récents dans la capitale et d’autres villes du pays.Plusieurs témoignages avaient attribué les pillages et exactions de ces derniers jours, notamment à Tunis et sa banlieue, à des membres de l’appareil sécuritaire liés à Ben Ali et cherchant à créer le chaos pour favoriser son retour.

Dimanche 16 janvier, 15h15

Tirs nourris à Tunis. Des tirs nourris retentissaient dimanche après-midi à Tunis, dont le centre était totalement désert, à l’exception d’une forte présence policière, ont constaté des journalistes de l’AFP. Des tirs réguliers, d’abord sporadiques, puis de plus en plus nourris, étaient échangés vers 15h GMT entre des personnes cachées dans des immeubles et des policiers, tout près de l’avenue Bourguiba. Des échanges de tirs se sont également produits dimanche devant le siège d’un parti d’opposition, le Parti démocratique progressiste (PDP) à l’issue desquels plusieurs personnes ont été arrêtées, dont deux étrangers, a indiqué à l’AFP un des responsables de cette formation.

Pendant ce temps, en Algérie... Un chômeur s’est immolé par le feu jeudi devant un bâtiment administratif de Tebessa, ville algérienne située à 700 km à l’est de la capitale. Il entendait ainsi protester contre ses mauvaises conditions de vie, ont rapporté dimanche le quotidien algérien El Khabar et la radio publique. Mohsen Bouterfif s’est aspergé d’essence et a mis le feu à ses vêtements à l’issue d’une rencontre avec le maire de la localité de Boukhadra, qui ne lui a pas permis d’obtenir un emploi et un logement, écrivait El Khabar. Il était marié et père d’un fils, et a succombé samedi à ses brûlures. Une centaine de jeunes gens ont manifesté à la suite de son décès. Le gouverneur de la province a limogé le maire.

Dimanche 16 janvier, 14h30

Un neveu de Ben Ali interpellé. Un neveu de l’ex-président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, Kaïs Ben Ali, a été interpellé par l’armée à Msaken, dans le centre de la Tunisie, dans la nuit de samedi à dimanche avec dix autres personnes qui «tiraient en tous sens» à bord de véhicules de police, selon des témoins.

Dimanche 16 janvier, 13h30

Plusieurs Suisses bloqués à Tunis. Une grande partie des touristes suisses en Tunisie ont pu quitter le pays samedi. Mais plusieurs personnes sont encore bloquées à l’aéroport de Tunis, a indiqué dimanche à l’ATS le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Un employé de l’ambassade suisse est sur place pour les encadrer.

Dimanche 16 janvier, 12h30

Tunis s’est réveillé dans le calme. Tunis et ses environs ont été survolés dans la nuit de samedi à dimanche par des hélicoptères de l’armée, tous projecteurs allumés, après la multiplication d’alertes sur des mouvements de véhicules suspects circulant à vive allure. Les occupants de ces derniers tiraient sur les maisons.

Dimanche, la capitale et sa banlieue se sont réveillées dans le calme. Le dispositif de sécurité, bloquant l’avenue Bourguiba dans le centre, a été un peu allégé. Les grandes artères étaient quasi désertes et l’armée était déployée à tous les endroits stratégiques, notamment à l’aéroport devant la Banque de Tunisie et le siège du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) parti de l’ex-président Ben Ali. Quelques rares cafés ont rouvert. Au marché central, un bon quart des étals étaient approvisionnés en fruits et légumes mais les clients se plaignaient d’une soudaine montée des prix.

Face aux menaces et aux pillages commis la nuit précédente, des comités de vigiles ont été mis en place et devaient se multiplier dans les quartiers, organisant des rondes pour protéger les habitants. Ce mouvement a été encouragé par la puissante centrale syndicale, l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT).

Plusieurs témoignages ont attribué les pillages et exactions à des membres de l’appareil sécuritaire, liés à Ben Ali, le président déchu, qui chercheraient à créer le chaos en semant la panique, pour favoriser son retour.

La nervosité restait palpable dans la capitale tunisienne, notamment à l’aéroport où au moins un millier de personnes ont passé la nuit de samedi à dimanche à cause du couvre-feu, dormant tant bien que mal à même le sol.

Décès d’un photographe français. Le photographe français de l’agence EPA Lucas Mebrouk Dolega, 32 ans, blessé vendredi à Tunis par un tir tendu de grenade lacrymogène, est décédé dimanche matin, ont annoncé à l’AFP ses proches et une source consulaire française. Lucas Mebrouk Dolega avait été atteint vendredi à la tête par un tir de grenade lacrymogène au cours d’une manifestation à Tunis, «tirée à bout portant par un policier», selon un de ses confrères Julien Muguet. Reporters sans frontières (RSF) demande des explications.Le photojournaliste, né à Paris de mère allemande, couvrait les manifestations à Tunis devant (AFP)

Dimanche 16 janvier, 9h30: le point

Consultations pour un possible gouvernement d’union nationale

Le premier ministre tunisien sortant, Mohammed Ghannouchi, a commencé samedi à sonder les partis et les représentants de la société civile sur les réformes politiques visant à rompre avec le système du président déchu Zine El Abidine Ben Ali. Les consultations se poursuivront dimanche. Dans l’après-midi, un large éventail de personnalités ont défilé au Palais du gouvernement où elles ont été reçues séparément, selon Mustapha Ben Jaffar, chef du Forum démocratique pour le travail et les libertés.

Selon lui, Mohammed Ghannouchi réunira dimanche toutes ces personnalités pour «s’entendre sur la composition d’un gouvernement d’union nationale et se mettre d’accord sur les personnalités qui vont travailler à ce processus pour aboutir à des élections et transparentes sous supervision internationale éventuellement».

Le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) du président déchu Ben Ali ne sera pas écarté de ce processus «pour ne pas déstabiliser l’appareil d’Etat et éviter un scénario à l’irakienne», a dit Mustapha Ben Jaffar.

Tentative d’organisation face aux pillages et au manque de vivres

Depuis le départ de Ben Ali, de nombreux pillages et des incendies de dépôts et de centres commerciaux ont eu lieu. Le principal syndicat du pays, l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) a appelé samedi soir sur la télévision nationale à la formation de comités de vigiles «pour que les gens puissent se défendre eux-mêmes».

Par ailleurs, un manque de vivres commence à se faire sentir à Tunis. De nombreux citoyens ont appelé l’armée à organiser la réouverture de boulangeries et d’épiceries, les restrictions à la circulation et le pillage ayant désorganisé les circuits de distribution.

Un proche du président tué

Imed Trabelsi, neveu de l’épouse de l’ex président Zine El Abidine Ben Ali, a succombé à une blessure à l’arme blanche à l’hôpital militaire de Tunis, a indiqué samedi un membre du personnel de l’établissement. «Il est mort vendredi» a annoncé cette source qui a demandé à ne pas être identifiée, ajoutant seulement qu’il avait été «poignardé». Il s’agit de la première victime confirmée dans l’entourage immédiat du président déchu.

Nouvelles réactions:

En Israël: Le ministre du Développement régional Sylvan Shalom a exprimé dimanche la crainte que la chute de Ben Ali ne favorise une montée des islamistes en Tunisie. «La communauté internationale avait préféré fermer les yeux sur les violations des droits de l’Homme (du régime Ben Ali). Bien entendu il y a aujourd’hui une grande crainte que les mouvements islamistes qui jusqu’à maintenant étaient hors-la-loi ne reviennent» en force, a déclaré à la radio militaire Sylvan Shalom, suppléant du Premier ministre Benjamin Netanyah et lui-même natif de Tunisie.

En Libye: Mouammar Kadhafi a regretté samedi soir la chute du président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, estimant que celui-ci était «toujours le président légal de la Tunisie», dans un discours «à l’adresse du peuple tunisien» diffusé par les médias d’Etat.» Vous avez subi une grande perte […] Il n’y a pas mieux que Zine» (El Abidine Ben Ali) pour gouverner la Tunisie, a déclaré le numéro un libyen. Je n’espère pas seulement qu’il reste jusqu’à 2014, mais à vie». Pour lui, le peuple tunisien a été «victime des mensonges» diffusés sur internet, citant notamment WikiLeaks et les réseaux sociaux..

■ Samedi 15 janvier, 20h: synthèse de la journée Les nouveaux chefs de la Tunisie tentent de rétablir l’ordre Les nouveaux dirigeants tunisiens, confrontés aux pillages et violences, tentaient samedi de reprendre le contrôle de la situation après la fuite de l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali en Arabie Saoudite. Nouveau pouvoirSur le front politique, le Conseil constitutionnel tunisien a proclamé «la vacance définitive du pouvoir» et la nomination de Foued Mebazaa, président du Parlement, au poste de président de la République par intérim. Ce dernier a ensuite prêté serment et déclaré que «tous les Tunisiens sans exception» seraient associés au processus politique.Ce nouveau retournement de situation, fondé sur l’article 57 de la Constitution, est intervenu à la demande de Mohammed Ghannouchi, Premier ministre sortant, nommé vendredi président par intérim après la fuite de M. Ben Ali et qui ne sera resté que vingt-quatre heures à ce poste. Elections dans les 60 jours L’article 57 fixe de manière précise la transition à la tête de l’Etat. Il prévoit des élections présidentielles et législatives dans un délai de 60 jours maximum. La nomination vendredi de M. Ghannouchi en vertu de l’article 56 laissait la porte ouverte à un retour au pouvoir de Zine El Abidine Ben Ali et avait été contestée aussitôt par des juristes et une partie de l’opposition. Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste tunisien Ennahdha, a dit préparer son retour et être disposé à la formation d’un gouvernement d’union nationale. Le parti islamiste avait été interdit sous le régime Ben Ali. La France rompt sa prudence De nombreux pays occidentaux ont plaidé pour une transition pacifique vers la démocratie. L’Allemagne a dit souhaiter l’»instauration d’une véritable démocratie» et Londres a salué les avancées politiques tout en condamnant les violences. Berne a souligné le «courage et la détermination de la population tunisienne».La France a rompu samedi avec son langage d’extrême prudence en affirmant pour la première fois son soutien à la révolution en cours. Ben Ali était un grand ami de la France qui l’avait souvent loué pour sa politique économique et anti-islamiste.Les autorités françaises ont en outre pris des dispositions pour bloquer des mouvements suspects d’avoirs de l’ex-président tunisien et de son entourage. Par ailleurs, Paris a affirmé que les proches de Ben Ali présents en France allaient prochainement quitter le territoire. Manifestations de soutien Environ 8000 personnes ont manifesté leur soutien aux Tunisiens, samedi dans les rues de Paris. Des défilés ont également eu lieu à Lausanne et Genève, réunissant en tout un millier de personnes.La rue arabe a également manifesté son soutien au soulèvement tunisien, mais dans la région, dominée par des régimes autoritaires, la plupart des gouvernements sont restés prudents. Le Soudan a salué le choix du peuple tunisien et l’Egypte et le Qatar ont dit le respecter. Touristes rapatriés Tous les aéroports tunisiens ont rouvert samedi matin, au lendemain de l’annonce de la fermeture de l’espace aérien. Une grande partie des touristes, dont plusieurs centaines de Suisses, ont pu quitter le pays samedi. Poursuite de la violence et des pillages Sur le terrain, d’importants dégâts ont été provoqués par une nuit de pillages en ville et en banlieue de Tunis. Des hélicoptères de l’armée survolaient la capitale et la police a bouclé le centre de la ville afin d’empêcher tout rassemblement. Des chars et des blindés ont été déployés.Dans le centre-est du pays, au moins 42 prisonniers ont péri dans l’incendie d’une prison de Monastir. Selon un médecin, l’incendie s’est déclaré lorsqu’un détenu a mis le feu à un matelas lors d’une tentative d’évasion.

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