Etats-Unis

Le chaos migratoire annoncé de Donald Trump

Alors que le président américain est en difficulté à la frontière mexicaine, la Cour suprême confirme la validité du décret migratoire qui avait provoqué une vive controverse peu après sa prise de pouvoir

Une victoire et une humiliation le même jour. Mardi, la Cour suprême a validé, par cinq voix contre quatre, le très controversé décret migratoire de Donald Trump. Une victoire dont le président américain s’est immédiatement félicité, en lettres capitales, sur Twitter. Mais le même jour, il a dû s’adonner à une nouvelle reculade dans le dossier des familles de clandestins à la frontière.

Après avoir été contraint de renoncer à les séparer, promettant de les placer ensemble en détention, voilà que la réalité du terrain le rattrape. Faute de places de détention suffisantes, les migrants qui traversent illégalement la frontière mexicaine pour venir aux Etats-Unis avec leurs enfants risquent d’être rapidement relâchés, selon le principe du «catch and release». Le Ministère de la justice avait pourtant démenti lundi devoir renoncer à les poursuivre.

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150 millions d’individus visés

Deux décisions, deux orientations aux antipodes. Voilà qui symbolise les difficultés du dossier migratoire, dans lequel Donald Trump peine à concrétiser la politique de «tolérance zéro» qu’il prône. Mais pour lui, la décision de la Cour suprême est majeure. Elle valide la troisième mouture de son décret anti-immigration, souvent qualifié de «muslim ban».

Plus de 150 millions d’individus risquent de voir, de façon permanente, les frontières américaines se refermer sur eux. Les ressortissants des pays suivants: le Yémen, la Syrie, la Libye, l’Iran, la Somalie et la Corée du Nord. Déjà, la très puissante Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), qui avait combattu avec force le projet, monte au front. L’avocat Omar Jadwat dénonce une décision «qui s’inscrira dans l’histoire comme l’une des plus grandes erreurs de la Cour suprême».

La voie libre

Donald Trump avait provoqué chaos et tollé en promulguant, le 27 janvier 2017, sept jours après sa prestation de serment, un décret qui avait deux buts: interdire, pendant 90 jours, aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane (Syrie, Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan et Yémen) d’entrer aux Etats-Unis, et bannir pendant 120 jours l’accès aux réfugiés, toutes nationalités confondues, sans limite temporelle pour les Syriens. Mais le 3 février déjà, le texte a été suspendu. Une deuxième variante a exclu les Irakiens de sa liste et les réfugiés syriens se voyaient, eux, interdits de territoire américain pendant 120 jours seulement.

Les batailles devant les tribunaux se sont multipliées. Désormais, avec la décision de la Cour suprême, Donald Trump a la voie libre pour continuer d’appliquer la troisième version, édulcorée, de son projet initial. Rajouté sur la liste le 24 septembre dernier avec la Corée du Nord et le Venezuela – une manière de prouver que les pays musulmans ne sont pas les seuls visés –, le Tchad en a été retiré le 10 avril. Pour ce qui est du Venezuela, seuls certains responsables gouvernementaux et leurs familles figurant sur une liste noire sont ciblés. Cette troisième mouture avait été bloquée le 17 octobre par un juge d’Hawaï.

Propos accusateurs pendant la campagne

La Haute Cour estime que le président n’a fait qu’user de façon légitime de ses prérogatives en matière d’immigration. Pour les juges, le texte n’est pas contraire à la législation américaine sur l’immigration et ne contrevient pas au premier amendement, qui interdit qu’une religion puisse prévaloir sur une autre. Les biais anti-musulmans reprochés au président n’ont pas été retenus. Pendant sa campagne, Donald Trump avait pourtant été jusqu’à déclarer vouloir interdire tous les musulmans de territoire américain et avait multiplié les propos accusateurs à leur encontre. Il soutient que leur fermer la porte permet de lutter contre le terrorisme islamiste.

Rien ne l’empêche désormais de rallonger sa liste des pays dont il ne veut plus voir les ressortissants sur sol américain.

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