L’accord controversé sur le maintien jusqu’en 2042 de la flotte russe en Crimée a été ratifié mardi par les Parlements ukrainien et russe. Le vote a été émaillé d’incidents à Kiev sous la pression des opposants au texte, inquiets pour la souveraineté du pays.

L’accord a obtenu l’aval de 236 des élus de la Rada, soit dix voix de plus que le minimum requis. Les députés ont adopté dans la foulée un budget 2010 essentiel au déblocage d’un prêt de 12 milliards de dollars du Fonds monétaire international (FMI). «Il n’y a pas d’alternative à cet accord, parce que la ratification est synonyme de gaz moins cher et, un gaz moins cher, c’est (la garantie de boucler) le budget. Le budget, c’est l’accord avec le FMI et la perspective d’investissements», a expliqué le Premier ministre, Mikola Azarov.

Le vote a connu une série d’incidents, dont des accrochages entre députés et des lancers de fumigènes dans l’enceinte de la Rada, le Parlement. Le président du Parlement Volodymyr Litvine, cible de jets d’œufs, a été contraint de poursuivre la séance en s’abritant sous deux grands parapluies noirs. Aux alentours du Parlement, plusieurs milliers d’opposants pro-occidentaux s’étaient rassemblés dans une atmosphère tendue. Ils scandaient «honte!», «mort aux traîtres», «la Crimée est à nous» ou encore «La flotte de Moscou, dehors!»

Base contre gaz

A Moscou en revanche, la ratification a été votée dans le calme par la Douma (chambre basse du Parlement) par 410 voix pour et aucune contre. Le texte doit être examiné dès mercredi par le Conseil de la Fédération (chambre haute).

Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch, qui a pris ses fonctions en février, et son homologue russe, Dmitri Medvedev, avaient signé mercredi dernier l’accord sur la prolongation de 25 ans du bail de la base de la flotte russe de la mer Noire à Sébastopol, en Crimée, qui devait expirer en 2017. Cet accord, qui prévoit en échange un rabais de 30% sur les prix du gaz russe importé par l’Ukraine, devrait être une véritable bouffée d’oxygène pour ce pays mis quasi à genoux par la crise économique, estiment les analystes.

Souveraineté lésée

Mais nombre d’Ukrainiens ne le voient pas du même œil. Emmenés par le prédécesseur de Viktor Ianoukovitch, Viktor Iouchtchenko, et par l’ex-cheffe du gouvernement Ioulia Timochenko, les nationalistes dénoncent une grave entorse à la souveraineté nationale. Ioulia Timochenko a appelé ses partisans à manifester le 11 mai à Kiev pour réclamer la dissolution du Parlement et protester contre l’accord.

Les responsables russes se sont eux félicités de la double ratification de l’accord. Le Premier ministre Vladimir Poutine a néanmoins estimé qu’il aurait un coût «exorbitant» pour la Russie, la privant de milliards de dollars de rentrées budgétaires. Il a par ailleurs dévoilé inopinément un projet de coopération «de grande envergure» dans le nucléaire civil, proposant la création d’une vaste holding commune aux deux pays. Viktor Ianoukovitch a qualifié la proposition d’«intéressante».

Et l’Europe?

«Nous sommes déterminés à pratiquer les valeurs européennes, une action qui doit aller de pair avec le rétablissement de meilleures relations avec d’autres interlocuteurs», a dans le même temps déclaré le président ukrainien devant les parlementaires du Conseil de l’Europe à Strasbourg. Il a ajouté qu’il souhaitait «des partenariats stables et solides avec Bruxelles, Moscou et Washington». Alors que Kiev prendra en mai 2011 la présidence semestrielle du Conseil de l’Europe, Viktor Ianoukovitch a aussi affirmé qu’il faisait de la lutte contre les violations des droits humains une «priorité absolue à tous les niveaux».