Portrait

Charles Adams, fier ambassadeur d’Obama, congédié par Trump

L’Américain avoue avoir peu goûté la manière dont le nouveau président des Etats-Unis a ordonné à une soixantaine d’ambassadeurs nommés par Barack Obama de quitter leur fonction sur-le-champ. Avocat à Genève, il avait organisé des dîners de gala avec George Clooney en faveur du démocrate

Il ne s’attendait pas à une fin de mandat aussi brutale. L’ambassadeur des Etats-Unis en Finlande, Charles Adams a dû se conformer à l’injonction de l’administration Trump: le 20 janvier, jour de l’investiture de Donald Trump à la Maison-Blanche, il a été sommé, comme une soixantaine d’ambassadeurs à travers le monde, de quitter avant midi sonnant l’ambassade américaine à Helsinki. Après plusieurs cérémonies protocolaires orchestrées par l’Etat finlandais, le diplomate a atterri trois heures plus tard à Genève, sa «terre d’asile», où il a endossé à nouveau ses habits de «simple citoyen».

Si le fait que l’administration de Donald Trump se sépare des ambassadeurs «politiques» nommés par Barack Obama relève du cours normal de la transition politique du pouvoir, il choque néanmoins par son immédiateté.

Vacances de plusieurs mois

A Genève, l’ambassadrice à la tête de la Mission américaine auprès de l’ONU, Pamela Hamamoto, a connu le même sort. Elle cherchait encore une solution pour que sa fille puisse achever ses derniers mois d’études dans un collège genevois. De fait, de nombreuses ambassades américaines vont être affectées par des vacances de plusieurs mois. Dans des pays aussi critiques que le Royaume-Uni, le Canada et l’Allemagne, l’absence prolongée d’ambassadeurs avant que des remplaçants ne soient nommés, puis confirmés par le Sénat, est de nature à desservir les intérêts américains.

Le départ abrupt d’Helsinki a contrarié Charles Adams, cet Américain né à Belfast en Irlande il y a 69 ans. Fils d’un diplomate américain qui travailla pour le Département d’Etat pendant trente-deux ans, il a résidé en France, au Canada, en Allemagne, au Maroc, au Sénégal et au Ghana.

Un clin d’œil à son père

Il a vu sa fonction d’ambassadeur en Finlande entamée en août 2015 comme un clin d’œil à son père et une occasion unique de travailler une fois pour le secteur public. «Je n’ai pas pu mener à terme plusieurs projets dans lesquels j’étais personnellement impliqué et qui étaient importants dans le cadre de la relation bilatérale entre Washington et Helsinki.»

Ainsi, les Etats-Unis cèdent le 26 avril prochain à la Finlande la présidence du Conseil de l’Arctique. L’Amérique est devenue, depuis 2015, le troisième pays d’exportation de la Finlande. Plusieurs dossiers vont être laissés en plan, sans continuité. Or Charles Adams s’est attelé à renforcer la relation. En mars 2016, pour la première fois en quatorze ans, un président américain (Obama) a reçu en visite d’Etat le président finlandais Sauli Niinistö.

Nostalgie encore perceptible

Dix jours après son atterrissage dans la Cité de Calvin, la nostalgie est encore perceptible. Pour se consoler, il évoque ses plus beaux souvenirs, notamment un vol de 90 minutes en F/A-18 Hornet, un avion de chasse, à la suite d’une invitation reçue du chef des forces aériennes finlandaises.

Charles Adams, avocat américain spécialisé dans l’arbitrage international, est une figure bien connue à Genève, où il résidait depuis 1986 avant de commencer son mandat d’ambassadeur obtenu après deux rudes auditions devant la Commission des affaires extérieures du Sénat américain.

Première rencontre

Il reste très diplomate quand il s’agit de qualifier les premiers pas de Donald Trump: «Comme tout citoyen, je souhaite bon vent à la nouvelle administration, même si je suis déconcerté par ses débuts pour le moins décousus.» Le 45e président des Etats-Unis est un «novice, ajoute-t-il, qui va peut-être mûrir et évoluer».

Charles Adams, qui a aussi un pied-à-terre dans le Maryland, était viscéralement attaché à l’administration de Barack Obama. Entre ce dernier et l’avocat américano-genevois, tout a commencé à la convention démocrate de Boston en 2004. Au lendemain du discours qui propulsa pour la première fois Barack Obama sur le devant de la scène politique nationale, ce dernier fut présenté à l’avocat genevois, qui se souvient: «Je savais que son père était Kényan. Pour faire de l’humour, je l’avais salué en swahili. Il avait éclaté de rire, me rappelant qu’il ne parlait pas un traître mot de la langue de son père.»

Un dîner avec George Clooney

Quand le jeune sénateur de l’Illinois lance sa campagne présidentielle en février 2007, Charles Adams rejoint sans hésitation la Commission nationale des finances du Parti démocrate pour financer sa campagne. Il avait pour mission de solliciter et de mobiliser les quelque 7 millions d’Américains vivant à l’étranger. Il organisera un dîner de gala pour récolter des fonds avec l’acteur George Clooney chez lui en Vieille-Ville de Genève. Il en fera de même en 2012 pour la réélection du démocrate au Bureau ovale.

Grand contributeur des deux campagnes Obama, Charles Adams espérait secrètement décrocher un jour un poste d’ambassadeur. Appelé d’urgence à Washington où se tenait à la Maison-Blanche un dîner d’Etat pour le président français François Hollande en février 2014, il a eu le bonheur d’y apprendre que le président américain, qu’il a rencontré à de multiples reprises, le nommait ambassadeur à Helsinki. «Dans l’éventualité qu’on m’appelle, j’avais indiqué, après concertation avec ma famille, qu’un poste à trois heures d’avion au maximum de Genève me conviendrait parfaitement. Helsinki ne pouvait dès lors pas mieux tomber.»


Profil

1947: Naissance à Belfast, en Irlande. Son père est diplomate, et Charles Adams vivra avec ses parents en France, en Allemagne, au Canada, au Maroc, au Sénégal et au Ghana. Il est diplômé de l’Université de Dartmouth ainsi que de la Faculté de droit de l’Université de Virginie.

1986: S’installe à Genève en 1986 et œuvre dans différents cabinets d’avocats.

2004: Il est présenté à Barack Obama.

2015: Prend ses fonctions d’ambassadeur à Helsinki.

2017: Le 1er avril, il investira les mêmes locaux qu’avant son départ pour Helsinki. Il officiera en tant que responsable mondial de l’arbitrage international pour le cabinet d’avocats américain Orrick.

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