«Je suis un homme libre.» Cette phrase, Charles de Courson l’a ­répétée plusieurs fois la semaine dernière. Critiqué par certains de ses collègues, le député a dû jus­tifier sa décision de participer à une conférence de presse de soutien à Pierre Condamin-Gerbier, l’ex-cadre de la banque Reyl, entendu début juillet par la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Cahuzac et arrêté à son retour en Suisse, qu’il considère comme un «juste». Charles de Courson préside cette commission et certains de ses membres ont vu, dans l’engagement du centriste, un signe de partialité. Mais le député n’est pas homme à se laisser dicter sa conduite et ses propos reflètent un trait de caractère, l’indépendance.

«Moine-soldat de l’Assemblée nationale» autant que «procureur», selon Le Monde; «ours» qui «ne lâche pas quand il a les dents dans la chair», à en croire L’Opinion; «habitué des croisades», d’après L’Express, «chevalier blanc», pour Libération. Les médias français dressent de ­Charles de Courson le portrait d’un homme certes d’ordinaire mesuré, discret, adepte de la ri­gueur budgétaire et conservateur quand il s’oppose au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels, mais également déterminé et intransigeant.

Sa raie de côté lui donne un air d’enfant sage; son costume gris, ses lunettes rondes et sa passion pour les finances publiques lui font un profil de comptable courtois. Mais il faut se méfier des apparences. La semaine dernière, le député a perdu son flegme, s’en prenant avec force au ministre des Finances, Pierre Moscovici, et à François Hollande, le chef de l’Etat, d’une part, à la Suisse, d’autre part. Le premier est accusé «d’incompétence» dans sa gestion de l’affaire Cahuzac; le second, affirme le député, disposait dès la mi-décembre de tous les éléments de preuve nécessaires sur le compte de l’ex-ministre. Après quelques jours de polémiques et la réplique de Pierre Moscovici dans une lettre ouverte ­publiée par Le Monde, Charles de Courson a fait une cure de silence. Il préparait sa riposte: «Suivant le parallélisme des formes» et pour ne pas parasiter la nouvelle audition de Jérôme Cahuzac mardi, il répondra au ministre dans Le Monde ce mercredi, confie-t-il.

Quant à la Confédération, elle a une attitude «inacceptable pour une démocratie digne de ce nom», dénonçait Charles de Courson dans nos colonnes. A propos de l’évasion fiscale, le député critique «l’hypocrisie généralisée». Il s’indigne à la fois du comportement des grandes fortunes qui «organisent le non-versement des impôts» et des Etats qui leur offrent les moyens de le faire: «Ce n’est pas tenable. Comment voulez-vous qu’il n’y ait pas de révoltes dans les démocraties?» Le député peaufine également sa réponse à l’ambassadeur de Suisse, dont il vient de recevoir la lettre «au ton très ferme pour un diplomate».

L’histoire familiale de Charles-Amédée de Courson, 61 ans, explique en partie son irritation contre la Confédération: elle s’ancre dans l’attitude du pays durant la Deuxième Guerre mondiale, notamment vis-à-vis des Juifs. Son père, Aymard de Courson, était résistant; il lui a succédé comme maire de Vanault-les-Dames et conseiller général de la Marne en 1986. Son grand-père, député du Doubs, est mort en déportation; il fut l’un des 80 parlementaires à avoir refusé les pleins pouvoirs au maréchal Philippe Pétain, en 1940; Charles de Courson descend également de Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, qui vota pour l’exécution de Louis XVI. Dans la discussion avec le député, les références à son père et à son grand-père sont récurrentes.

Député de la Marne depuis vingt ans, énarque et ancien magistrat à la Cour des comptes, Charles de Courson a été membre de l’UDF. Puis il a soutenu François Bayrou lors de la campagne présidentielle de 2007, avant de rejoindre le Nouveau Centre d’Hervé Morin, qui est affilié à l’Union des démocrates et indépendants (UDI), fondée par Jean-Louis Borloo. C’est notamment ce dernier qui est à l’origine de la commission d’enquête sur les éventuels dysfonctionnements de l’Etat dans la gestion de l’affaire Cahuzac. En tant que président, il se montre très sourcilleux sur son rôle de meneur de débats et passeur de parole. D’emblée, le député a prévenu: il n’hésitera pas à saisir la justice s’il prend un témoin en flagrant délit de mensonge, usant ainsi d’un pouvoir encore jamais utilisé par le responsable d’une commission d’enquête.

Charles de Courson descend de Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, qui vota pour l’exécution de Louis XVI