Vers 21 h dimanche, la tension monte dans les permanences des trois principaux candidats à la mairie de Lyon: le socialiste Gérard Collomb, Michel Mercier tête de liste de la droite officielle et l'ancien ministre Charles Millon, qui a décidé de tenter sa chance en dehors des partis de la droite traditionnelle. Le premier sondage à la sortie des urnes vient de tomber sur France 2: Gérard Collomb est en tête avec 33,3%, ce qui était plus ou moins prévu. La vraie surprise arrive ensuite: Charles Millon ferait jeu égal avec Michel Mercier. Cette estimation recoupe les premiers résultats qui arrivent depuis les bureaux tests. D'après ces indications, Charles Millon devancerait même Michel Mercier dans la plupart des arrondissements.

Si la tendance se confirme ce serait un véritable casse-tête pour la droite lyonnaise et partant pour la droite nationale. Car Charles Millon, tenu à l'écart de la droite depuis sa tentative de garder son fauteuil de président du Conseil régional avec l'aide du Front national détient plus que jamais les clés du scrutin dans ses mains. Depuis son entrée en campagne, Michel Mercier n'a cessé de répéter qu'il n'était pas question pour lui de fusionner ses listes avec celles de l'ancien ministre. La seule issue possible pour lui c'est le retrait de la liste se réclamant de la droite qui serait arrivée en deuxième position. Pas question de fusion.

Deux jours avant le scrutin, Michel Mercier se déclarait persuadé de devancer Charles Millon dans tous les arrondissements, tout comme il se disait sûr que celui-ci n'aurait d'autre solution de se retirer purement et simplement s'il veut «comme il l'affirme empêcher la gauche de gagner Lyon». Michel Mercier estimait alors que faute de faire cela Charles Millon se priverait à jamais de tout retour au sein de la droite parlementaire. «Il suffira de trouver les bons mots pour que Millon se retire», disait alors Michel Mercier. Ce à quoi Millon répondait dans l'heure qui suit: «Il me prend pour un con?»

Jusqu'au bout Charles Millon aura mené, à droite, une campagne aussi déterminée que celle de Gérard Collomb à gauche. Samedi après-midi encore, il arpentait les rues du Ve arrondissement, tandis que Gérard Collomb serrait des mains dans le IVe, à la Croix Rousse. Michel Mercier, à l'image de sa campagne de sénateur un peu pépère, avait choisi de se reposer en famille. Il semble donc bien que la volonté de Charles Millon se soit révélée payante puisque ses listes, si elles ne devancent pas celles de Michel Mercier, font au moins jeu égal. De toute façon, elles sont en situation de pouvoir se maintenir et de contraindre Michel Mercier à trancher: soit il accepte une forme quelconque de rapprochement avec l'ancien ministre, en se déjugeant. Ce faisant, il pourrait perdre une partie importante de l'électorat centriste qui ne veut pas entendre parler d'un rapprochement avec Millon. Soit il maintient sa position et dans ce cas on pourrait se retrouver en situation de triangulaire. Une situation qui ne pourrait que profiter à Gérard Collomb pratiquement assuré alors de l'emporter. Sa première déclaration traduisait d'ailleurs cette situation puisque, premier à intervenir sur les ondes il ne manquait pas de rappeler les engagements de Michel Mercier. Michel Mercier et Charles Millon enfermés dans leurs bureaux préféraient attendre la totalité des résultats avant de prononcer.

Un fait apparaissait cependant acquis: l'écroulement du Front national. Le plus proche lieutenant de Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch, avait semble-t-il perdu près de la moitié de ses voix par rapport à 1995.