Pape en Égypte

Charles Morerod sur le pape en Egypte: «Un nouveau signe d’espoir»

Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, a rencontré samedi le patriarche de Constantinople qui part pour l’Egypte avec le pape François. Il livre son analyse

Le Temps: Vous connaissez le pape François. Que cherche-t-il à travers ce voyage?

Charles Morerod: Son objectif est double. Soutenir les chrétiens d’Orient dans un moment de grande souffrance pour eux, et rencontrer les musulmans. A cela s’ajoute que la démarche est œcuménique: le pape François part avec le patriarche de Constantinople, Bartholomée Ier. Celui-là même avec qui il était déjà allé à Lesbos, à la rencontre des migrants. C’est un nouveau signe de volonté œcuménique et d’espoir. Et il se trouve que j’ai rencontré le patriarche samedi dernier à Genève.

- Que vous a-t-il dit?

- Il était heureux d’être aux côtés de François dans cette mission. Pour lui, ce voyage est une affirmation de leur volonté d’être ensemble. Ce n’est pas seulement ceux qu’on va voir qui importent, mais avec qui on va les voir.

- Leur visite commune ne cristallise-t-elle pas une vieille rivalité entre catholiques et orthodoxes autour des chrétiens d’Orient?

- En y allant ensemble, le pape et le patriarche démontrent ainsi leur unité, pas leur rivalité. De toute façon, l’Egypte chrétienne est complexe. La plupart des coptes ne sont ni catholiques ni orthodoxes (au sens donné au terme en Grèce ou en Russie).

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- Cette unité n’est-elle pas due aussi aux circonstances, un islam radical qui menace les communautés chrétiennes?

- L’un comme l’autre espèrent favoriser le dialogue avec les musulmans plutôt que l’affrontement. Ils estiment que la connaissance mutuelle peut parvenir à éviter la violence, alors que la méconnaissance favorise une caricature de l’autre, ferment de violence. Même si, de part et d’autre, une partie de leurs ouailles pensent que ce n’est pas possible.

- Les catholiques conservateurs, par exemple, qui ne croient pas à un dialogue possible avec l’islam!

- Chez les catholiques comme chez les orthodoxes et chez les musulmans, certains pensent en effet que ce n’est pas possible. Mais le pape et le patriarche ont passé outre puisqu’ils vont aller à l’Université d’Al-Azhar, un centre théologique sunnite très important. Y aller est un choix décidé et réfléchi. N’oublions pas que le pape s’appelle François. Saint François d’Assise avant lui était allé en Egypte rencontrer le sultan. François se réclame aussi de cette filiation. Et ses prédécesseurs ont aussi tendu la main aux musulmans: Benoît XVI s’est recueilli dans la mosquée Sainte-Sophie à Istanbul et Jean-Paul II a rencontré des jeunes musulmans à Casablanca.

- A part des visites et des mains tendues, qu’est-ce que l’Eglise propose pour venir en aide aux chrétiens d’Orient?

- En Suisse, il y a eu des célébrations œcuméniques de prière pour eux, par exemple. Mais la vraie question réside dans le fait de les accueillir, ou non, en Europe. Prochainement, de nouveaux prêtres orientaux vont venir en Suisse romande. Le pape dira-t-il quelque chose sur la question? Je n’en sais rien, mais François peut toujours nous réserver des surprises…

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