Etats-Unis

Charlotte en proie à une nouvelle série d’émeutes raciales

Après la mort d’un Afro-Américain abattu par la police, la ville de Caroline du Nord a vécu deux nuits de violence. L’épisode révèle une nouvelle fois les relations très tendues entre les polices du pays et la communauté afro-américaine. La crise rebondit dans la course à la Maison-Blanche

La Garde nationale dépêchée sur place, des gaz lacrymogènes utilisés par la police pour disperser une foule en colère. Les images pourraient être celles des émeutes de 1962 sur le campus de l’Université du Mississippi qui, sur ordre de la Cour suprême, venait d’accepter James Meredith, son premier étudiant afro-américain. Elles traduisent pourtant la situation délétère de Charlotte, en Caroline du Nord, qui a vécu deux nuits d’émeutes raciales après qu’un Afro-Américain, Keith Scott, a été tué par la police. Mercredi soir, 44 personnes ont été arrêtées. Pour tenter d’enrayer des violences qui ont éclaté au centre-ville et mettre fin à des scènes de pillage et de saccage, le gouverneur républicain de cet Etat du Sud Pat McCrory a décrété l’état d’urgence.

Au cours de la nuit, une personne a été gravement blessé par balle, mais l’incident aurait été provoqué par un civil et non par la police. Cette nouvelle flambée de violence est un énième épisode dans une longue série de fusillades impliquant des policiers et des Afro-Américains. Elle rappelle les événements de Ferguson d’août et de novembre 2014, où des manifestations avaient mis à feu une partie de cette banlieue de St-Louis, dans le Missouri après que Michael Brown, un jeune Afro-Américain de 18 ans, avait été abattu par un policier blanc.

A Charlotte, les circonstances de la mort de Keith Scott, 43 ans, tué par un policier noir, restent encore floues. Le défunt attendait sur un parking que son fils revienne de l’école. Selon la police, il avait une arme. Pour sa famille, il avait un livre. Jeudi, le chef de la police locale, Kerr Putney, l’a admis. La vidéo de la scène ne permet pas de conclure «définitivement» que Keith Scott brandissait une arme, même si la police maintient sa version des faits. Le document visuel ne sera pour l’heure pas rendu publique, mais la famille pourra la consulter si elle le souhaite.

Règles de comportement à suivre

La situation est d’autant plus explosive que quelques jours plus tôt, à Tulsa, un Afro-Américain, Terence Crutcher, a été à son tour abattu par une policière alors qu’il était non armé et qu’il avait les mains en l’air. Une vidéo filmée à partir d’un hélicoptère de la police est pour le moins troublante. La victime ne semblait pas présenter un danger. Ironie tragique: Terence Crutcher était sur le point de se rendre dans une église avec son père pour expliquer au public les comportements à adopter en présence de policiers. Une nécessité culturelle incontournable dans un contexte racial à nouveau très tendu. Les pères afro-américains aux Etats-Unis ont d’ailleurs presque institué, au sein de leur famille respective, un enseignement obligatoire parfois dénommé «the Talk» au cours duquel ils apprennent à leurs enfants, surtout les garçons, à suivre des règles de comportement très strictes en présence de la police pour éviter tout dérapage inutile.

Un jour avant Terence Crutcher, c’est un jeune Noir de 13 ans de Columbus en Ohio, brandissant un pistolet en plastique, qui a été tué par la police. Il aurait été impliqué dans un cambriolage. Bien que les circonstances soient manifestement différentes, l’épisode rappelle la tragédie de Cleveland quand, en 2014, un jeune Noir de 12 ans, Tamir Rice, jouant avec un pistolet factice, avait été abattu dans un parc désert sans que la police ait cherché à dialoguer.

La confiance entre les polices du pays et la communauté afro-américaine est à son niveau le plus bas depuis des années. Les tensions se sont intensifiées quand, à Dallas au Texas et à Baton Rouge en Louisiane, des policiers ont été tués par des Noirs. Le discours outre-Atlantique tend désormais à être manichéen: on défend soit les policiers avec le slogan «Blue Lives Matter (la vie des policiers compte)» ou les Afro-Américains avec la devise «Black Lives Matter (la vie des Noirs compte)». Illustrant à quel point de tels événements touche un pays entier, l’équipe féminine de basketball des Indiana Fever, qui jouait pourtant gros dans la phase finale du championnat à Indianapolis, s’est agenouillée au moment de l’hymne national en guise de solidarité envers les victimes de la police. Un geste souvent réprimandé tant il est parfois interprété comme un affront. A l’échelle politique, le candidat républicain à la Maison-Blanche Donald Trump martèle son message visant à «rétablir l’ordre». Sa rivale démocrate Hillary Clinton a fait campagne au cours des primaires avec des mères afro-américaines qui ont perdu leur fils en raison des armes à feu. Elle joue les équilibristes en dénonçant fermement les dérapages policiers tout en soutenant le travail exemplaire généralement accompli par les forces de l’ordre.

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