Ils ne sont plus qu'une poignée, mais ils coulent une existence paisible, après soixante années passées à faire oublier leurs méfaits. Les derniers criminels de guerre nazis se terrent encore ça et là en Europe, guère inquiétés par les pays d'accueil, qui ne souhaitent pas particulièrement réveiller les démons du passé et se présenter sous un jour défavorable.

Mais, pour ces vieillards désormais sans histoire, reste un épineux obstacle avant le repos éternel. Le centre israélien Simon-Wiesenthal, ainsi baptisé en hommage au célèbre chasseur de nazis décédé en septembre 2005, a lancé une «opération de la dernière chance» pour leur mettre la main dessus avant qu'il ne soit trop tard. Dans le cadre de ce projet touchant neuf pays (Allemagne, Lituanie, Lettonie, Estonie, Pologne, Roumanie, Autriche, Croatie, Hongrie), une prime de 10000 euros a même été offerte pour toute information qui pourrait conduire à leur arrestation.

La Serbie sollicitée

Le plus célèbre des fugitifs, Alois Brunner, serait réfugié depuis de nombreuses années en Syrie, hors d'atteinte. Cet ancien capitaine SS a été aperçu pour la dernière fois à Damas en 1992, avant de disparaître des écrans radar. Un autre nazi, Aribert Heim, ex-médecin du camp de concentration de Mauthausen (Autriche), doté de solides complicités au sein de l'extrême droite continentale, ne cesse de narguer les polices d'Europe, à 92 ans bien tassés.

Dimanche, le directeur du centre Wiesenthal, Ephraïm Zuroff, a appelé la Serbie à «réclamer d'urgence» l'extradition de trois personnes, pour des crimes commis en territoire serbe durant la Seconde Guerre mondiale. Trois anciens nazis qui vivent au grand jour.

Le premier d'entre eux, Sandor Kepiro, 92 ans lui aussi, réside à Budapest. Ancien capitaine de gendarmerie hongrois, il est jugé responsable de la mort en janvier 1942 d'un millier de civils, juifs pour la plupart, à Novi Sad, en Serbie du Nord. Il parvient à s'enfuir en Argentine à la fin de la guerre et rentre à Budapest en 1996 après s'être assuré auprès de l'ambassade de Hongrie à Buenos Aires qu'il ne serait pas inquiété.

Le second, Milivoj Asner, vit tranquillement en Autriche, à Klagenfurt, capitale de la province méridionale de Carinthie et fief du trublion d'extrême droite Jörg Haider. Ce Croate, ancien chef de la police de la ville de Pozega, aurait pour sa part orchestré la persécution et la déportation de Serbes, de juifs et de Gitans dans les camps de concentration oustachis (Croates alliés aux nazis). Le troisième enfin, Ivo Rjnica, Croate lui aussi, était gouverneur de Dubrovnik durant la guerre. Il aurait personnellement torturé et exécuté des centaines de Serbes, juifs et Gitans. Il vit à Buenos Aires, en Argentine.

Les «bons côtés du nazisme»

Le ministre serbe des Affaires étrangères, Vuk Draskovic, a assuré le docteur Zuroff des efforts déployés par Belgrade pour extrader et juger Kepiro, Asner et Rjnica. Encore faudrait-il pour cela que la Hongrie, l'Autriche et l'Argentine offrent, elles aussi, leur «coopération active».

Longtemps rétive à toute forme de remise en cause de son passé, officiellement considérée comme «victime» du national-socialisme du fait de l'«Anschluss» de 1938, l'Autriche moderne rouvre lentement les yeux sur les crimes commis en son nom. Depuis 2001, un fonds d'indemnisation des victimes du nazisme a versé des centaines de millions d'euros aux descendants des familles juives persécutées par le IIIe Reich. Certains réflexes, cependant, ont la vie dure. Mardi soir, Wolfgang Zanger, un député d'extrême droite (FPÖ) de 37 ans, a provoqué une vague d'indignation en se répandant sur les «bons côtés» du nazisme lors d'une émission de télévision. «Bien entendu que le nazisme a eu des bons côtés, a-t-il déclaré, seulement nous ne voulons plus les voir aujourd'hui», ajoutant qu'Adolf Hitler avait «donné de l'espoir aux gens» en faisant notamment construire des autoroutes. En avril 2005, John Gudenus, un sénateur d'obédience FPÖ lui aussi, avait dû démissionner après avoir contesté l'existence des chambres à gaz.