La chasse aux «traîtres» bat son plein à Gaza

Proche-Orient Depuis longtemps, Israël recrute des informateurs, souvent contraints

Un cadre du Hamas a été «liquidé» lors d’un raid

Une semaine après la «liquidation» par Israël de quatre des principaux commandants militaires du Hamas, la «chasse aux traîtres» bat son plein au sein de l’organisation islamique. Pour l’heure, cette traque s’est soldée par l’exécution sommaire de 24 «collaborateurs d’Israël» présumés, mais elle n’est pas terminée.

En 2009, immédiatement après l’opération «Plomb durci», une chasse identique s’était déroulée sur plusieurs semaines. Elle avait débouché sur le jugement expéditif de 32 prétendus «traîtres», parmi lesquels un adolescent âgé de 15 ans. En 2012, peu après l’élimination par l’Etat hébreu d’Ahmed Jaabari, alors chef des Brigades Ezzedine al-Qassam (la branche armée du Hamas), plusieurs personnes avaient également été fusillées et le corps de l’une d’entre elles avait été traîné par une moto roulant plein pot dans les rues de Gaza-City.

Les «liquidations» menées ces derniers jours par les Israéliens, et notamment l’assassinat de Mohammed al-Ghoul, le spécialiste des flux financiers du Hamas, pulvérisé dimanche par un tir d’hélicoptère, démontrent que le Shabak (la Sûreté générale de l’Etat hébreu) et l’Aman (les renseignements militaires) disposent d’informations de première main. Celles-ci sont recueillies par des moyens technologiques, mais également par des machtapim («collaborateurs» en hébreu) opérant sur le terrain.

Depuis 1967, des milliers de Palestiniens connaissant leur environnement et bien intégrés dans leur milieu ont été recrutés par le Shabak, mais quelques dizaines à peine ont été découverts. «Généralement, ceux que le Hamas présente comme des «traîtres» avant de les fusiller en public ne font pas partie de nos informateurs car ceux-ci se trouvent toujours là où personne ne les attend, explique Lior Ackerman, un ancien de la Sûreté générale israélienne. Ils ont des tuyaux de première main et ils sont généralement insoupçonnables.»

Depuis la guerre des Six-Jours en juin 1967, Israël a recruté des milliers de collaborateurs dans les territoires palestiniens. Au début des années 1980, indépendamment des «taupes» infiltrées dans les organisations palestiniennes, environ 2000 machtapim opérant dans la bande de Gaza se retrouvaient au sein de la «Ligue des villages», une sorte de milice qui servait d’auxiliaire aux autorités d’occupation en se livrant à des trafics et à des extorsions.

Pourquoi devient-on collaborateur? «Parce que je préfère la démocratie au terrorisme», assène Soufian*, 36 ans, l’un de ceux qu’il nous a été donné de rencontrer. Cheveu noir coupé court et jean à la mode, l’homme est une ancienne petite frappe de la région de Naplouse, en Cisjordanie, qui a quitté la maison familiale dès l’adolescence. Aujourd’hui à la retraite, il affirme avoir aidé l’armée de l’Etat hébreu à arrêter des cadres recherchés du Hamas et «sauvé des vies en empêchant des attentats». «C’est vrai que j’ai été payé, poursuit-il. Mais j’ai mis ma vie en danger pendant des années. A côté de cela, l’argent ne représente rien.»

Sur les circonstances de son recrutement, Soufian ne souffle mot. Tout porte cependant à croire que le Shabak est intervenu pour que la justice israélienne clôture une enquête criminelle le concernant. En échange de ses services, bien entendu.

Les associations de défense des droits de l’homme palestiniennes et israéliennes dénoncent régulièrement le chantage que le Shabak exercerait sur des Palestiniens en position de faiblesse afin d’obtenir des informations. Parmi ceux-ci, des Gazouis désireux de s’inscrire dans une université étrangère, les membres de la famille d’un détenu qui demandent à pouvoir lui rendre visite en Israël ou d’autres dont un proche devrait être soigné dans l’Etat hébreu.

Des Palestiniens affirment aussi avoir été contactés directement par téléphone, voire par e-mail et via Facebook. Pourtant, les sources «pêchées» de la sorte ou en exerçant des pressions sont rarement fiables. «Elles vous lâchent toujours à la première occasion, même si vous leur filez de l’argent», affirme «capitaine Danny», un ancien officier de terrain du Shabak devenu détective privé à Tel-Aviv. «De tous les collaborateurs avec qui j’ai eu à traiter, les plus efficaces étaient ceux qui agissaient en connaissance de cause et n’étaient pas cupides. Bien sûr, ils trahissaient leur entourage et percevaient des émoluments, mais ce n’étaient pas des mercenaires. Ils étaient convaincus de ce qu’ils faisaient et en assumaient les risques.»

*Prénom d’emprunt

Pour avoir des tuyaux, le Shabak exercerait un chantage sur des Palestiniens en position de faiblesse