Depuis cinq ans, Alaa Khalil Abou Olba faisait tous les jours l'aller et retour entre Gaza et le centre d'Israël où il y déposait les Palestiniens autorisés à travailler dans l'Etat hébreu. Ces quatre derniers mois, pourtant, il avait perdu son emploi, comme l'écrasante majorité des Gazaouites. Avec l'ouverture relative de ces dernières semaines (16 000 autorisations pour 3 millions d'habitants) il avait repris la routine du réveil à 2 heures du matin pour franchir à temps les contrôles de Tsahal et revenir avant la tombée de la nuit.

Alaa Khalil Abou Olba avait passé tous les filtres mis en place par la sécurité de l'Etat hébreu. Plus de 30 ans, père de famille, n'appartenant pas, ni lui ni aucun membre de sa famille, à une organisation politique et encore moins terroriste. L'inspection était quasi quotidienne. Plus profonde à quelques mois d'intervalle. Le permis, enfin, était renouvelable chaque année. Le chauffeur d'autobus remplissait tous les critères. Il avait cinq enfants.

«Les officiers de sécurité leur contrôlent constamment le pouls, expliquait hier à la radio nationale Ran Ratner, un porte-parole de la compagnie israélienne Egged à laquelle appartenait le bus. Les conducteurs sont interrogés et suivis. C'est inconcevable que l'un d'eux puisse commettre une action aussi inattendue qu'une attaque suicide.»

«Hier soir (mardi), je l'ai vu assis sur les marches devant sa maison, plongé dans ses pensées, disait mercredi à une foule de journalistes le frère d'Abou Olba, à Gaza. Les agressions quotidiennes qu'on voit à la télévision, notamment les assassinats de nos frères, indignent tellement les gens qu'ils sont prêts à tout», ajoutait-il, selon l'AFP.

Interrogé sur le fait de savoir si cette attaque aurait pu être prévenue, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Shlomo Ben-Ami, a répondu: «Non, elle n'aurait pas pu l'être.» Et le ministre, qui était par ailleurs l'un des principaux négociateurs avec les Palestiniens, et qui est un adversaire résolu d'Ariel Sharon, concluait: «Cette horrible chose est le résultat de cette spirale, de ce cycle de bains de sang entre nous et eux.»