C’était un maître de la terreur. «L’homme le plus cruel et sanguinaire du Mexique», selon le Département d’Etat américain. Sous son commandement, le cartel des Zetas (les «Z») a poussé la sauvagerie à des niveaux sans précédent et commis des centaines de meurtres. Miguel Angel Treviño, 40 ans, a été arrêté sans opposer de résistance dans la nuit de lundi, après avoir été poursuivi par un hélicoptère de l’armée mexicaine dans l’Etat de Tamaulipas, près des Etats-Unis.

Cette arrestation, immédiatement saluée à Washington, constitue le plus grand coup porté aux narcotrafiquants depuis l’arrivée au pouvoir du président Enrique Peña Nieto, en décembre dernier. La tête de Treviño avait été mise à prix 2,3 millions de dollars au Mexique. Les Etats-Unis offraient 5 millions supplémentaires.

Adolescent, Miguel Angel Treviño avait commencé sa carrière à cheval sur la frontière (sa famille vivait à Dallas, Texas), servant de messager pour un petit gang criminel. Ses méthodes l’amènent vite à intégrer les «Zetas», composés par des anciens militaires d’élite qui sont, à l’époque, au service du grand Cartel del Golfo, qui contrôle une partie de la frontière nord du Mexique. L’arrestation du chef de ce dernier, Osiel Cardenas, amène les Zetas à s’émanciper. ­Depuis 2008, recourant à une violence extrême, ils ont trouvé leur place parmi les huit ou neuf grandes organisations criminelles qui se répartissent le pays. Jusqu’à gagner la réputation d’être devenu le plus féroce et le plus puissant d’entre eux.

Ses actions ne se limitent pas à la drogue: blanchiment d’argent, trafic d’armes, d’êtres humains, et même d’organes, prélevés sur des immigrés latinos en route vers les Etats-Unis.

Depuis son arrivée au pouvoir, le président Peña Nieto n’a cessé de souligner la nécessité de «réorienter» la lutte contre les cartels en insistant davantage sur les services de renseignement que sur le déploiement de militaires. Si elle a peut-être débouché sur l’arrestation de Treviño, cette nouvelle stratégie suscite pourtant beaucoup d’interrogations.

Une victoire? «C’est une goutte dans l’océan», réplique Edgardo Buscaglia, chercheur et professeur à l’Institut technologique autonome de Mexico (ITAM). «Une entreprise criminelle de ce type fonctionne sur le même modèle qu’une multinationale, avance-t-il. Il ne suffit pas d’éliminer son PDG pour qu’elle s’arrête.»

De fait, selon ce spécialiste renommé, qui est l’un des seuls à ­s’exprimer aussi ouvertement sur la question, le cartel des Zetas disposait de trois branches séparées et pourra donc continuer ses activités à moindres frais. «La seule mesure efficace consisterait à geler les activités des centaines d’entreprises qui lui sont liées et qui, à leur tour, alimentent les caisses des prin­cipaux partis politiques. Faute de quoi, cette arrestation ne sera qu’un mirage.»

On s’attend à ce que les Etats-Unis demandent l’extradition de Miguel Angel Treviño, qui opérait sous le nom de code de «Z40». D’ores et déjà, il est prévu que le frère de Treviño, «Z42», prenne sa place. Et il est probable que les cartels rivaux tentent de se saisir de l’aubaine pour redoubler la guerre contre les Zetas.

«Malgré les talents du nouveau président en matière de marketing, le Mexique n’a pas changé comme il le dit, insiste Edgardo Buscaglia. Partout, ce sont les mêmes absences de l’Etat et les mêmes manques de contrôles judiciaires ou administratifs. Les hommes politiques savent combien il leur en coûterait de transformer réellement le système. Ils ne s’y résoudront pas en l’absence de fortes pressions internationales.» Reste le jeu, inutile et meurtrier, du chat et de la souris avec les cartels.

Dans un petit village proche de la ville de Veracruz, contacté au ­téléphone, Humberto confirme: «Le gouvernement précédent avait ajouté sa propre guerre à celle des cartels. Désormais, la seule différence, c’est que l’on voit moins de militaires. Mais lorsqu’ils arrivent, mieux vaut ne pas être là. Ils tirent à l’aveuglette, sans faire de quartier.»

«La seule mesure efficace consisterait à viser les centaines d’entreprises qui sont liées au cartel»