Monde arabe

Le chef d’une ONG genevoise arrêtéà la frontière italienne

L’avocat Rachid Mesli est le fondateur d’Alkarama, très active à l’ONU. L’Algérie l’accuse d’avoir aidé des «groupes terroristes»

Le chef d’une ONG genevoise se fait arrêter à la frontière italienne

Monde arabe L’avocat Rachid Mesli est le fondateur d’Alkarama

L’Algérie l’accuse d’avoir aidé des «groupes terroristes»

Lorsque venaient des visiteurs, il arrivait à Rachid Mesli d’ouvrir le tiroir de son bureau, dans les locaux de l’organisation Alkarama à Genève, et d’en sortir le document: un mandat d’arrêt émis contre lui par les autorités algériennes. Un papier poussiéreux, presque une pièce d’histoire, puisqu’il date de 2002. L’avocat algérien, ancien réfugié politique accueilli en Suisse, a été rattrapé par ce vieux document: mercredi dernier, alors qu’il voulait passer quelques jours en Italie avec sa famille, il a été arrêté par la police italienne au Grand-Saint-Bernard sur la base de ce mandat d’arrêt, relayé par Interpol.

Rachid Mesli a rendez-vous mardi à la Cour d’appel de Turin, qui devra se prononcer sur une éventuelle extradition en Algérie. Mais, en attendant, un juge italien a décidé de sa libération, même s’il lui est interdit de quitter l’Italie.

Rachid Mesli s’était notamment rendu célèbre en acceptant de devenir l’avocat des chefs historiques du Front islamique du salut (FIS), dont Abassi Madani et Ali Benhadj. Il a été lui-même arrêté en Algérie en 1996, torturé et condamné à 3 ans de détention «à la suite d’un procès inéquitable», rappelle Amnesty International, qui avait «adopté» cet ancien prisonnier politique. Devenu un militant très actif des droits de l’homme à Genève, il a notamment fondé il y a dix ans l’organisation Alkarama, dont le but est de défendre les victimes de disparitions, de mauvais traitements et de tortures dans le monde arabe.

Alors que, dans l’intervalle, Al­karama a soumis au Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU (HCDH) des centaines de dossiers documentés de victimes, c’est sans doute l’intervention de ce même HCDH qui expliquerait la souplesse démontrée jusqu’ici par la justice italienne.

Alger reprocherait à Rachid Mesli d’avoir délivré des informations aux «groupes terroristes» ainsi que des caméras et des téléphones. «Nous savons avec certitude que ce mandat d’arrêt Interpol n’est pas arrivé en Suisse, en France ou en Grande-Bretagne. Le fait que l’Italie y réponde aujourd’hui montre le manque de transparence du fonctionnement d’Interpol. Aujourd’hui, il suffit qu’un Etat brandisse la «lutte contre le terrorisme» pour que tous les voyants s’allument au sein des polices», affirme Mourad Dhina, directeur exécutif d’Alkarama.

Cette affaire n’est pas sans rappeler l’incarcération à Genève, en juin, de Naser Oric, ancien commandant bosniaque de la région de Srebrenica, arrêté en vertu d’un mandat Interpol réclamé par la Serbie.

Mourad Dhina – qui réside en Suisse avec sa famille depuis des décennies – avait, lui aussi, fait les frais d’une procédure similaire en 2012, lorsqu’il avait été arrêté en France pendant six mois, avant que la justice française ne finisse par rejeter la demande d’extradition formulée par les autorités algériennes.

Une manière, pour l’Algérie, de tenter de couper l’herbe sous le pied aux responsables de l’ONG établie à Genève, dont les activités, pour reprendre les mots d’Amnesty International, «déplaisent aux autorités qui le harcèlent depuis des années»? «Notre organisation est loin de s’acharner sur l’Algérie, répond toutefois Mourad Dhina. Nous sommes davantage préoccupés actuellement par la situation qui règne en Egypte, ou même en Tunisie. En réalité, cela démontre surtout l’état de déliquescence de l’Etat algérien.» Alors qu’une loi d’amnistie a été adoptée en Algérie pour tirer un trait sur «les années de plomb», la survivance de ce mandat d’arrêt contre Rachid Mesli est peut-être le fruit d’un simple dysfonctionnement administratif. A moins qu’il ne traduise une lutte de factions au sein du pouvoir algérien. Contacté, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) refuse de se prononcer sur cette affaire.

«Notre organisation est loin de s’acharner sur l’Algérie»

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