«Un phénomène mystique énigmatique.» Les partisans du poutinisme, après une année de présidence, ont eu eux-mêmes de la peine à expliquer en quoi leur champion avait mérité de la patrie. Au point d'utiliser des formules cabalistiques pour analyser la popularité de Vladimir Poutine. Le sondage le plus récent indique en effet que, s'ils devaient se rendre aux urnes dimanche, 45% des Russes voteraient à nouveau pour lui et 70% déclarent être «globalement d'accord avec lui.»

Pourtant, la plupart des analystes disent leur déception. On reproche en gros au président: de n'avoir pas dénoué le sanglant nœud tchétchène; d'avoir concocté une réforme administrative qui n'a eu pour seul résultat que de provoquer dans les régions une lutte et une rivalité entre les gouverneurs et les hommes du président (lire ci-dessus) entravant le développement économique; un code foncier qui a accouché d'une souris; une réforme fiscale qui a pris du retard; une réforme militaire trop coûteuse; de n'avoir pas réussi à attirer les investisseurs étrangers, ni à réduire la bureaucratie; d'avoir certes éliminé les oligarques de la période Eltsine mais pour les remplacer par d'autres.

La société civile n'est guère plus tendre et les phrases méprisantes, comme celle de l'écrivain Limonov, sont légions: «Poutine me fait penser à un adolescent qui fume et jure plus que les autres juste pour faire croire qu'il est plus vieux qu'il ne paraît.» Pourtant, comme la population, la classe politique, majoritairement et jusque dans ses plus brillants éléments, telle la députée libérale Irina Khakamada, vice-présidente de la Douma, continue, elle de défendre le président: «Poutine est exempt de fidélité fanatique à telle ou telle cause. Il utilise son intelligence et parle librement.» Reste que le déluge de critiques aura au moins prouvé – et la presse poutinienne ne s'est pas fait prier pour le remarquer – que le dossier sur la liberté de parole en Russie n'était peut-être pas le plus brûlant: «Critiquer le pouvoir est d'autant plus agréable qu'il n'y a pas de risques, puisque le pouvoir ne s'intéresse plus guère à ce que pensent les médias.»