Le chef de l’Etat burkinabé Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 1987, a remporté sans surprise l’élection présidentielle du 21 novembre avec plus de 80% des suffrages, un résultat contesté par quatre candidats d’opposition. Agé de 59 ans, il briguait théoriquement son dernier mandat à la tête de ce pays enclavé d’Afrique de l’Ouest, l’un des plus pauvres du monde. Mais son parti a dit vouloir réviser la Constitution pour lui permettre de se représenter après 2015, un projet qu’il n’a pas exclu tout en se gardant d’indiquer son choix.

Blaise Compaoré a été réélu dès le premier tour avec plus de 1,35 million des voix, soit 80,2% des suffrages exprimés, selon les résultats provisoires proclamés jeudi à Ouagadougou par Moussa Michel Tapsoba, président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Il avait recueilli un score légèrement supérieur (80,35%) lors du dernier scrutin en 2005.

Le sortant laisse loin derrière lui ses deux principaux opposants: le député-maire de Dori (nord) Hama Arba Diallo (8,18%) et Bénéwendé Stanislas Sankara (6,34%), chef de file de l’opposition, arrivé deuxième avec 4,88% il y a cinq ans. Suivent l’ex-commandant Boukary Kaboré (2,3%), dit «le lion», ancien compagnon d’armes du président Thomas Sankara (1983-1987), l’indépendant Maxime Kaboré (1,47%) et deux autres opposants.

Alors que quelque 3,2 millions de personnes étaient appelées aux urnes, le taux de participation à cette élection sans suspense a atteint 54,9%, contre 57,66% en 2005, a indiqué Moussa Michel Tapsoba.

«Irrégularités» sur les cartes d’électeur

Dans une déclaration commune, les candidats Sankara et Diallo ainsi que Boukary Kaboré et François Ouampoussogo Kaboré avaient rejeté dès mardi les résultats, au nom de «graves irrégularités», et réclamé la tenue d’un nouveau scrutin «dans des conditions régulières». Ils avaient dénoncé dès avant le vote des «irrégularités» sur les cartes d’électeur, qui faisaient planer selon eux un risque de fraude. Le tribunal administratif qu’ils avaient saisi leur a donné raison jeudi, déclarant «illégales» les cartes d’électeur délivrées pour ce scrutin car «ne contenant ni la date ni le lieu de naissance de leur titulaire». Moussa MIchel Tapsoba a annoncé que la Céni «a fait appel» d’une décision «inique».

Envisageant dans un premier temps un retrait de la course, ces opposants s’étaient ravisés la veille du vote. Après 2005, c’était la deuxième fois depuis l’avènement du multipartisme en 1991 que l’opposition acceptait de participer à l’élection. Des missions d’observation africaines avaient salué cette semaine un vote «transparent».

L’ex-capitaine Compaoré a accédé au pouvoir en 1987 lors du coup d’Etat au cours duquel fut tué le «père de la révolution.» Thomas Sankara. Elu pour la première fois en 1991, il briguait théoriquement un dernier mandat de cinq ans. Le projet de révision constitutionnelle porté par son parti a suscité critiques et mises en garde de l’opposition.