Ahmad Jarba passe à l’offensive, trois semaines après son élection à la tête de la Coalition nationale syrienne. Présenté comme l’homme de la dernière chance pour une opposition à genoux après plus de deux ans de conflit, le nouveau chef de la rébellion a entamé cette semaine une tournée diplomatique occidentale. Il a rencontré le président français, François Hollande, mercredi au palais de l’Elysée, avant de s’envoler pour New York, où il doit s’entretenir pour la première fois, vendredi, avec des membres du Conseil de sécurité des Nations unies. Objectif: obtenir une aide militaire de la part des Européens et des Américains, en proie à des vents contraires. Malgré la levée de l’embargo européen sur la livraison d’armes aux rebelles fin mai sous la pression de Paris et de Londres et l’annonce, mardi dernier, que le Congrès américain acceptait d’ouvrir la voie à un soutien militaire, les puissances occidentales redoutent plus que jamais que leur arsenal ne tombe entre les mains de groupes liés à Al-Qaida.

Fragmentation

Le temps presse pour l’opposition, chaque jour un peu plus ­fragilisée par la fragmentation du conflit sur le terrain. L’Armée syrienne libre, constellation de milices sans véritable centre de commandement, perd du terrain face aux troupes de Bachar el-Assad, soutenues par la Russie, l’Iran et le Hezbollah. Elle lutte dans le nord du pays contre des groupes djihadistes qui revendiquent le partage des zones «libérées». Complication supplémentaire, les Kurdes syriens, opposés à Bachar, se battent depuis huit jours contre les groupes islamistes dans la province de Hassaka (nord-est), à la frontière avec la Turquie. Le 23 juillet, ils ont expulsé de la ville de Ras al-Aïn les combattants de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) et du Front Al-Nosra, deux groupes affiliés à Al-Qaida, dotés de moyens militaires bien plus sophistiqués que l’ASL.

Opposant historique, plusieurs fois emprisonné par Bachar el-Assad, Ahmad Jarba n’est pas un inconnu. Membre de la confédération des Shammar, l’une des plus grandes tribus d’Arabie saoudite, il est considéré comme l’homme de Riyad. Depuis qu’il a rejoint les rangs de la Coalition nationale ­syrienne, en novembre 2012, il s’est rendu à plusieurs reprises dans les pays arabes et européens pour tenter de les convaincre d’armer les rebelles.

Sans doute pour montrer qu’elle n’est pas à bout de souffle, l’opposition a annoncé hier le ­lancement d’une vaste offensive pour prendre la ville et la province d’Alep, au nord, avec l’aide de l’Arabie saoudite. «Des armes et des munitions, dont des roquettes antichars, leur parviennent chaque jour pour cette bataille», a indiqué une source anonyme à l’AFP. De son côté, à l’issue de la rencontre, François Hollande n’a fait que réitérer son soutien humanitaire à l’opposition syrienne, sans parler d’appui militaire.