JUSTICE

Le chef de la lutte anticorruption russe cachait de l’argent en Suisse

Dmitri Zakharchenko s’est fait arrêter samedi à Moscou. Si dans un premier temps l'équivalent de 120 millions d'euros en cash ont été découverts dans son appartement, il est désormais question de 300 millions cachés sur des comptes en Suisse

L'affaire a tout d'une purge. Dmitri Zakharchenko, le responsable d’une branche de l’agence russe de lutte contre les crimes économiques, rattachée au ministère de l’Intérieur, s’est fait arrêter samedi dernier à Moscou. Deux jours plus tard, le Kremlin annonçait la découverte de plus de 120 millions d’euros en cash (environ 131,4 millions de francs) dans une voiture et dans un appartement appartenant à sa sœur. L’argent était notamment caché dans un sac au pied de son bureau, ont rapporté les médias russes.

Mercredi matin, nouveau rebondissement: la presse russe indique que plusieurs comptes en lien avec Dmitri Zakharchenko ont été identifiés en Suisse. En tout, il est question de 300 millions d’euros au moins.

Ces comptes, qui seraient au nombre de six, appartiendraient à des sociétés «offshore» dont le bénéficiaire final ne serait autre que Victor Zakharchenko, le père de Dmitri, rapporte l’agence de presse Rosbalt qui cite des sources officielles. Cette dernière affirme en outre que ces comptes – dont les montants oscilleraient entre 45 et 47 millions d’euros chacun – étaient principalement hébergés au sein de «Rothschild Bank» et de la filiale genevoise de «Dresdner Bank».

Pas de procédure en Suisse pour l'instant

Pour l'heure, rien ne prouve que Dmitri Zakharchenko a bien caché de l'argent en Suisse. Contactées mercredi matin, ni Rothschild Bank à Zurich ni LGT Bank, qui a racheté les activités de Dresdner Bank en Suisse en 2009, n'ont répondu à nos questions. Quant au Ministère public de la Confédération, il assure ne mener «pour l’heure aucune procédure pénale» à l’encontre de celui qui a également le grade de colonel.

Ce dernier a été placé samedi à Moscou en détention provisoire, accusé d’abus de pouvoir, d’obstruction à la justice et de corruption, selon l’agence de presse RIA Novosti. D’après les médias russes, il aurait détourné cet argent de la Nota Bank qui s’était vue retirer sa licence en novembre 2015. Il aurait volé l’argent déposé sur le compte d’un des responsables de l’établissement.

Selon des sources proches des services de sécurité, citées par le journal Novaïa Gazeta, son arrestation serait liée à celle du chef mafieux Zakhary Kalachov, dit «Chakro le Jeune», au mois de juillet. Plusieurs responsables du Comité d’enquête russe, chargé des principales investigations criminelles en Russie, avaient été arrêtés dans la foulée, soupçonnés d’avoir fermé les yeux sur les activités de ce parrain du crime en l’échange de pots-de-vin.

D’après les médias russes, Dmitri Zakhartchenko aurait démenti ses liens présumés avec le crime organisé, assurant que l’argent retrouvé ne lui appartenait pas, mais refusant d’en éclaircir la provenance. Une chose est sûre: les arrestations spectaculaires pour corruption de hauts responsables russes se sont multipliées ces derniers mois en Russie. 

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