En détention préventive depuis plus d'un an dans le cadre du scandale Odebrecht, la cheffe de l'opposition Keiko Fujimori va retrouver la liberté après une décision de la Cour constitutionnelle du Pérou, qui sera sans appel. Âgée de 44 ans, Keiko Fujimori ne sera pas toutefois libérée immédiatement, de nombreuses formalités devant encore être respectées.

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Ernesto Blume, le président de la Cour constitutionnelle, plus haute instance judiciaire du pays, a sobrement annoncé que «le tribunal a accepté» le recours présenté en faveur de Keiko Fujimori par sa soeur, Sachi. Ernesto Blume a toutefois précisé que la décision de la Cour constitutionnelle ne concernait pas le fond de l'affaire qui fait toujours l'objet d'une enquête judiciaire.

«Justice a été rendue, une justice divine. Dieu est grand», a réagi l'époux de Keiko Fujimori, l'Américain Vito Villanella, qui avait entamé une grève de la faim pour réclamer la libération de sa femme. Des dizaines de partisans de la cheffe de l'opposition se sont rassemblées devant la prison pour femmes de Chorrillos, dans le sud de la capitale péruvienne, pour fêter cette décision.

Plusieurs centaines de Péruviens se sont également rassemblés dans le centre de Lima pour protester contre la décision de la Cour suprême. «C'est une décision injuste, c'est comme une insulte à notre pays», a ainsi déclaré un de ces manifestants à la chaîne de télévison N.

Quatre anciens présidents péruviens impliqués

Keiko Fujimori est détenue depuis le 31 octobre 2018 dans le cadre du scandale Odebrecht, du nom d'un géant brésilien du bâtiment, qui a reconnu avoir versé des pots-de-vin à de nombreux dirigeants politiques latino-américains, dont quatre anciens présidents péruviens. Pour éviter des interférences de la cheffe de l'opposition dans l'enquête, le procureur José Domingo Pérez avait réclamé 36 mois de détention préventive pour la fille de l'ancien président Alberto Fujimori (1990-2000) avant que la durée ne soit réduite à 18 mois par la Cour suprême.

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Keiko Fujimori, cheffe du parti Fuerza Popular (droite populiste), est accusée d'avoir reçu des fonds d'Odebrecht pour sa campagne électorale de 2011. Le parti de Keiko Fujimori était redevenu la première force politique du pays à la faveur des élections de 2016, mais il n'a cessé depuis de perdre du terrain, déjà marqué par les deux défaites successives de Keiko Fujimori au second tour des élections présidentielles de 2011 et 2016.

Considérée comme la personne la plus influente du Pérou entre 2016 et 2018, Keiko Fujimori trouvera à sa sortie de prison une situation politique nettement moins favorable, tant sa popularité a chuté. Des élections législatives anticipées ont été convoquées pour le 26 janvier par le président Martin Vizcarra, après la dissolution du Parlement le 30 septembre, dans le cadre de sa croisade anti-corruption.

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