Après la mort d’Abdelhamid Abou Zeid, les autorités tchadiennes ont annoncé, samedi soir, avoir éliminé Mokhtar Belmokhtar, le terroriste qui avait revendiqué la responsabilité de la prise d’otages géante du complexe gazier d’In Amenas, dans le sud-est algérien, en janvier. Dimanche soir, toutefois, ni Paris ni Alger n’avaient encore confirmé la disparition de deux des principaux activistes de la nébuleuse islamiste dans la zone sahélo-saharienne.

Que sait-on de la mort supposée d’Abou Zeid?

Ce sont les services algériens qui, jeudi dernier, ont fait fuiter la nouvelle de la mort d’Abou Zeid, responsable du rapt de plusieurs otages français. Des sources maliennes (touareg) ont embrayé. Mais, alors que Washington jugeait «crédible» cette information, ni Paris ni Alger ne l’ont confirmée depuis. Enfin, vendredi soir, le président tchadien Idriss Déby Itno revendiquait officiellement l’élimination d’Abou Zeid lors de combats très durs opposant ses troupes déployées dans le massif de l’Adrar des Ifoghas, au sud de Tessalit, le 22 février. Une annonce faite alors qu’il venait de rendre hommage aux 26 militaires tchadiens tués dans cette opération, dont de nombreux officiers.

Mais une interrogation majeure demeure: pourquoi avoir attendu une semaine pour annoncer un tel succès? Pour plusieurs sources proches du dossier, il se pourrait que, en réalité, Abou Zeid ait été tué tout autrement. Ainsi, le site mauritanien Sahara Médias, très au fait des agissements des islamistes dans le Sahel, voire considéré par certains comme leur courroie de transmission, livre une autre version des faits: «Des sources généralement bien informées au Nord-Mali ont confirmé […] la mort d’Abdelhamid Abou Zeid il y a quatre jours, dans un raid aérien effectué par l’aviation française, à Taraghrarit, dans les montagnes des Ifoghas et ce après que les forces tchadiennes, tombées dans un piège et ayant perdu 40 de leurs éléments, ont demandé de l’aide.» Son corps étant méconnaissable, des tests ADN seraient en cours en Algérie.

Quid de la disparition de Mokhtar Belmokhtar?

La mort de Mokhtar Belmokhtar, dit «le Borgne», a été également revendiquée par les autorités tchadiennes à peine vingt-quatre heures plus tard. Samedi soir, le porte-parole de l’armée déclarait à la télévision nationale: «Les forces tchadiennes au Mali ont détruit totalement la principale base des djihadistes dans le massif de l’Adrar des Ifoghas, plus précisément dans la vallée d’Ametettai.» Sans plus de précisions. Un bon connaisseur de la région se dit toutefois «dubitatif» à propos de l’élimination «coup sur coup de deux des principaux chefs islamistes». D’autres notent que Mokhtar Belmokhtar était récemment entré en dissidence avec ses ex-collègues d’AQMI. Pourquoi serait-il revenu se battre les armes à la main à leurs côtés? N’avait-il pas intérêt à poursuivre sa lutte en multipliant les actions spectaculaires, comme à In Amenas, en Algérie, où 37 étrangers ont trouvé la mort? Ou, traqué, a-t-il dû se réfugier dans le sanctuaire historique d’AQMI dans le nord du Mali? Début février, le Wall Street Journal avait révélé que les autorités américaines envisageaient d’inscrire son nom sur la liste des terroristes à éliminer.

Pourquoi un tel silence à Paris?

Depuis jeudi, c’est le même leitmotiv dans la bouche des officiels français: pas de commentaire. Les rares responsables qui se sont exprimés sur le sujet, tel le chef de l’Etat vendredi, expliquent qu’il ne revient pas à la France de confirmer ou non le décès supposé de ces terroristes. Une expression qui suggère qu’aux yeux de Paris, Abou Zeid est bien mort. Cette attitude s’explique par plusieurs raisons. Ex-puissance coloniale, la France tente vainement de ne pas apparaître en première ligne dans la guerre au Mali. Depuis son lancement, l’opération «Serval» est approuvée par la très grande majorité des Etats africains. Jusqu’à quand? Paris prend également bien soin de ne pas parler d’«islamistes» mais de «terroristes». Pas question, en effet, d’alimenter la propagande des groupes liés à Al-Qaida qui, du Pakistan à la Mauritanie, en passant par la Somalie, accusent la France d’être «en guerre» contre l’islam et les musulmans. Avec de possibles répercussions en France… Mais c’est surtout pour tenter de sauver ses otages aux mains des groupes islamistes au Mali, et peut-être aussi au Nigeria, que la France joue profil bas dans cette affaire. Enfin, laisser au président tchadien le soin de revendiquer l’élimination de deux des chefs terroristes les plus recherchés par les Occidentaux lui permet de sauver l’honneur vis-à-vis de son opinion, et de garantir le maintien de son engagement au Mali.

Hier, un troisième soldat français a trouvé la mort dans l’Adrar des Ifoghas. Le caporal Cédric Charenton a été tué dans la vallée d’Ametettai, là où les Tchadiens affirment avoir éliminé Belmokhtar. Les militaires français font face à une résistance acharnée de la part des islamistes, qui ont préparé durant de longs mois ce combat. Soutenues par les avions de chasse et les hélicoptères, les troupes de marine et les forces spéciales progressent lentement, «grotte après grotte», dit un militaire.