International

Cherif Chekatt abattu, les interrogations demeurent

Le tueur du marché de Noël de Strasbourg a été abattu jeudi vers 21h dans le quartier où il avait grandi. Malgré un communiqué du groupe Etat islamique affirmant que Cherif Chekatt était un de ses «soldats», de nombreuses questions restent sur son passage à l’acte

Cherif Chekatt n’avait donc pas quitté la France. Il n’avait pas non plus quitté le quartier du Neudorf, où il avait grandi et où l’avait déposé, mardi vers minuit, le taxi qu’il avait braqué après sa tuerie du marché de Noël de Strasbourg.

Lire aussi: Cherif Chekatt a été abattu par la police à Strasbourg

Une confrontation violente

C’est en effet près du 74 rue du Lazaret, à moins de dix minutes de marche de la rue d’Epinal où il résidait, que ce criminel endurci, condamné 27 fois et plusieurs fois incarcéré, y compris en Suisse, a été «neutralisé» jeudi vers 21h par une patrouille de trois policiers français des «brigades spécialisées de terrain». Les forces de l’ordre ont décrit un homme hagard, qui a immédiatement tiré sur les policiers alors qu’il venait de quitter l’entrepôt dans lequel il avait trouvé apparemment refuge après ses crimes. Depuis mardi soir, 280 enquêteurs étaient mobilisés pour retrouver sa trace.

Trois personnes sont mortes et trois des 13 blessés se trouvent encore en état d’extrême urgence après la tuerie survenue lundi soir rue des Orfèvres, au cœur du centre-ville de Strasbourg, en plein marché de Noël. Le meurtrier de 29 ans avait alors été rapidement identifié. Depuis deux jours, les bruits les plus divers couraient sur son compte, y compris la possibilité de sa fuite vers l’Allemagne ou la Suisse voisines, deux pays où ce délinquant récidiviste était passé par la case prison entre 2012 et 2016 pour violences et cambriolages.

Lire également: Strasbourg: importante opération policière dans le quartier du Neudorf

Le sort final de Cherif Chekatt, dont les parents, les frères et la sœur ont été soit placés en garde à vue, soit interrogés par la police, ne faisait guère de doute. Le renforcement des contrôles aux postes-frontières dès lundi soir et l’habituelle coopération étroite entre les polices françaises, allemandes et suisses rendaient peu probable sa fuite à l’étranger, même si les experts reconnaissent la présence de groupes islamiques radicalisés à cheval sur les frontières des trois pays riverains du Rhin.

Il ne semble pas en revanche que le meurtrier se soit préparé à mourir en martyr face aux forces de sécurité comme l’avaient fait le forcené Mohammed Merah en mars 2012 à Toulouse ou les deux frères Kouachi, retranchés dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële et tués sur place par la police, deux jours après le massacre de Charlie Hebdo. Si les policiers qui ont abattu le jeune Strasbourgeois ont essuyé des tirs, la confrontation s’est déroulée dans la rue, après que plusieurs témoins l’ont identifié à la suite de la large diffusion d’un appel montrant sa photo.

Une tragédie inachevée

Cherif Chekatt ne s’était ni barricadé ni retranché dans l’attente d’un assaut final. A deux reprises, le soir du drame, le meurtrier avait échangé des coups de feu avec les forces de l’ordre. La première fois sur le site même du marché de Noël, face à une patrouille de soldats de l’opération «sentinelle». La seconde fois après l’arrivée du taxi le convoyant au Neudorf, où des policiers avaient, en vain, tenté de l’appréhender.

Sa connaissance de ce quartier populaire lui avait ensuite sans doute permis d’échapper à la vigilance de ses poursuivants. Des caméras de surveillance avaient depuis été installées, doublées par des drones, en parallèle à des opérations de ratissage et à des séries de perquisitions. Des hélicoptères quadrillaient également le ciel de ce quartier, à la recherche du moindre mouvement suspect.

Lire encore: Strasbourg: après la tuerie, les questions

La mort de ce terroriste, radicalisé en détention entre 2013 et 2015, est toutefois loin de clore la tragédie du marché de Noël de Strasbourg, supposé rouvrir ce vendredi sous un dispositif de haute sécurité. Nombre de questions demeurent, en particulier sur ses libérations et sur l’incapacité des services de renseignement intérieurs, qui le suivaient, à déceler l’imminence de son passage à l’acte. Bien que la section antiterroriste du parquet de Paris se soit saisie de l’affaire dès mardi soir, ouvrant une enquête pour «assassinats et tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste» et «association de malfaiteurs terroriste criminelle», la revendication a tardé. Il a fallu attendre jeudi pour que le groupe Etat islamique publie un communiqué affirmant que Cherif Chekatt était un de ses «soldats» et qu’il «avait mené cette opération en réponse à l’appel à viser des citoyens de la coalition internationale en Syrie et en Irak».

Des conséquences incertaines

Il semble que la décision de Cherif Chekatt, qui disposait d’une arme de poing et d’un couteau, soit liée à une perquisition intervenue à son domicile lundi matin à la suite d’un cambriolage, sans doute en vue de le déférer devant la justice et de le mettre hors d’état de nuire. Aucune information crédible n’a pour l’heure permis d’établir d’éventuels liens de cet homme de 29 ans, né en France, avec les membres des filières djihadistes strasbourgeoises connues des services de police et démantelées.

Le dernier jugement d’un groupe de terroristes alsaciens est intervenu en 2016. L’un de ses meneurs n’était autre que Karim Mohamed Aggad, frère de Foued Mohamed Aggad, 23 ans, l’un des tueurs du Bataclan, neutralisé lors de l’assaut de la police sur cette salle parisienne le 13 novembre 2015. A l’heure d’écrire ces lignes, trois victimes des tirs de Cherif Chekatt demeuraient entre la vie et la mort.

Publicité