Terrorisme

Pour Cherif Chekatt, une vie de violences

Le tueur du marché de Noël était inscrit depuis 2013 au fichier des individus radicalisés, et suivi par les services de renseignement. Portrait d’une vie de violences entre France, Allemagne et Suisse

Ils se sont rendus d’eux-mêmes au commissariat de police. Mercredi, les parents et deux des frères de Cherif Chekatt n’ont pas attendu que les forces de l’ordre viennent les interpeller. Preuve que l’individu le plus recherché de France est un assassin isolé, pisté par plus de 700 policiers et gendarmes lancés à ses trousses? Difficile à savoir, tant le parcours de ce Strasbourgeois de 29 ans rime avec délinquance, banditisme, violence et, peut-être, connaissance de planques pour tenir en cavale.

Apparemment blessé au bras lors d’un échange de tirs avec des policiers dans son quartier du Neudorf où un taxi l’a conduit sous la menace dans la nuit de mardi, l’homme pourrait se barricader et vouloir finir en «martyr», comme l’avait fait le 22 mars 2012 Mohamed Merah, retranché dans son appartement de Toulouse, ou les frères Kouachi, après l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015.

Le mode opératoire typique d’un djihadiste

Identifié quelques heures après avoir commis ses crimes dans les rues des Orfèvres et des grandes Arcades, dans le centre-ville de Strasbourg occupé par les traditionnels marchés de Noël, Cherif Chekatt a d’abord ouvert le feu à l’aveugle sur des passants avec une arme de poing, après avoir crié «Allah akbar». Egalement armé de couteaux, il riposte ensuite à une patrouille de soldats de l’opération «Sentinelle», soit le mode opératoire typique d’un djihadiste résolu à faire le maximum de dégâts humains.

La preuve, surtout, de l’implacable dérive de cet individu arrêté 29 fois, et emprisonné par deux fois, en France entre 2013 et 2015, puis en Allemagne en 2016-2017. Selon le Blick, qui s’appuie sur un jugement allemand, l’homme aurait également fait de la prison à Bâle en 2013, durant un an et quatre mois, pour le même motif. En 2012, il s’était fait connaître de la police zurichoise pour un délit contre le patrimoine. Il est aussi passé par Saint-Gall et Zoug, selon la NZZ. Au total, son nom se retrouve 67 fois dans les fichiers de la police et de la gendarmerie des départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. Les postes-frontières allemands et Suisses ont aussitôt été verrouillés, chaque véhicule faisant désormais l’objet de contrôles.

Radicalisé en prison

C’est lors de son séjour en prison en France que Cherif Chekatt, né en France en 1989 de parents marocains, se serait radicalisé, côtoyant des membres strasbourgeois de la mouvance salafiste. Suivi à sa sortie de détention par les services de renseignement intérieur (DGSI), Cherif Chekatt avait déjà été appréhendé à Strasbourg lors de la Fête de la musique de juin 2016 et mis en examen pour «apologie du terrorisme», après s’être vanté de vouloir «tuer des flics».

«Nous ne sommes pas arrivés à détecter les velléités de passage à l’acte», a reconnu mercredi à l’Assemblée nationale le secrétaire d’Etat à l’intérieur, Laurent Nuñez, ancien patron de la DGSI qui a admis l’utilisation des «procédures de droit commun» pour le mettre hors d’état de nuire.

Cette tentative pourrait être à l’origine de l’engrenage tragique. Selon le témoignage du chauffeur de taxi pris en otage après la fusillade, le tueur aurait en effet été poussé à agir par la perquisition opérée par la police dans la matinée à son domicile du quartier du Neudorf, dans le cadre d’une enquête sur un cambriolage récent.

Risque réel de fuite en Allemagne

Son profil d’islamo-délinquant endurci est conforme à ceux d’autres auteurs d’attentats récents en France, comme le preneur d’otages de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes à Paris, Amedy Coulibaly. L’auteur du dernier attentat survenu en France à Trèbes en mars 2018, Redouane Lakdim, 26 ans, condamné pour port d’arme prohibée et usage de stupéfiants, avait lui davantage le profil de petit délinquant.

La possibilité pour le suspect de franchir la frontière allemande est réelle, vu que le quartier du Neudorf jouxte le Rhin et qu’un pont piéton relie à ce niveau Strasbourg à la ville voisine de Kehl. Après la tuerie du marché de Noël, la métropole alsacienne redoute maintenant d’être le théâtre d’un assaut policier susceptible de faire de nouvelles victimes.


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