Chez les «Ossis»

Regard impressionniste sur les citoyens d’un pays disparu

Comment photographier un pays qui n’existe plus? Pour les 20 ans de la chute du Mur de Berlin, le photographe David Wagnières (*) s’est rendu dans les «nouveaux Bundesländer», ces territoires de l’ex-RDA désormais rattachés à l’Allemagne unifiée. Les petites villes et les vastes campagnes de l’Est continuent de se dépeupler, les jeunes partant chercher un travail ailleurs. Ceux qui restent – il y en a aussi qui commencent à revenir – sont sans doute les meilleurs témoins de la mue à l’œuvre depuis 1989.

Non, die Wende, le tournant, ne fut pas un mariage d’amour. Les Allemands de l’Est, les Ossis, en ont bavé. D’un jour à l’autre, leur monde s’est écroulé. Dans le regard curieux et condescendant que portaient sur eux leurs «frères» de l’Ouest, ils étaient presque toujours les assistés, les paresseux, les nostalgiques, les suiveurs.

Aujourd’hui, le décor a beaucoup changé – les centres villes sont rénovés, les hôpitaux tous assainis, les routes réparées, les liaisons téléphoniques partout installées. Mais les Allemands à l’Est et à l’Ouest ne s’aiment toujours pas, la méfiance subsiste. Aujourd’hui, il n’est pas rare d’entendre que ce sont les nouveaux Allemands qui se révèlent, à leur manière, en toute discrétion, les plus souples, les plus combatifs et les plus créatifs. Lentement, patiemment, les Ossis sont en passe de reconquérir leur dignité.

(*) Son reportage photo sur www.citronpress.ch