Chez les Le Pen, Jean-Marie choisit Marion

France Le fondateur du Front national renonce au duel avec sa fille Marine

Sa petite-fille est désormais désignée héritière politique

Le «Menhir» a définitivement décidé de sauter une génération. En confirmant, lundi, qu’il ne conduira pas, en décembre prochain, la liste du Front national dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Jean-Marie Le Pen, 86 ans, a renoncé à poursuivre le duel qui l’oppose à sa fille Marine, la présidente du parti. Ce faisant, le patriarche de l’extrême droite française a néanmoins gravé dans le granit une autre évidence: son héritière politique attitrée est désormais sa petite-fille, Marion Maréchal-Le Pen, 25 ans, élue en novembre 2012 à l’Assemblée nationale. «Je leur demande, dans l’intérêt supérieur de la France, de soutenir la candidature de Marion Maréchal-Le Pen, députée du Vaucluse», a écrit Jean-Marie Le Pen dans un communiqué, à l’intention de ses fidèles. Manière claire de signifier aux militants, aux cadres et aux élus du parti que la légitimité familiale est du côté de celle qui, dans la soirée, devait donner son accord pour ce passage de témoin très médiatique.

L’épilogue de la crise ouverte voici deux semaines par les nouvelles déclarations outrancières – sur le maréchal Pétain et les chambres à gaz notamment – de celui qui fonda le FN en 1972 n’est pas une surprise. Le bureau politique du parti, convoqué par Marine Le Pen pour ce vendredi, allait probablement mettre son veto à sa candidature controversée en PACA, fief frontiste historique. Sauf qu’en devançant l’appel, pour ne pas «compromettre la fragile espérance de survie de la France que représente le Front national avec ses forces et ses faiblesses», le vieux crocodile plante une belle morsure dans le flanc de sa fille.

Désormais «adoubée» par son grand-père, auquel elle a toujours refusé de s’opposer, Marion Maréchal-Le Pen dispose de belles cartes en main pour obliger sa tante – elle est la fille de Yann, seconde fille de Jean-Marie et de Pierrette Le Pen, entre l’aînée Marie-Caroline et la cadette Marine (née le 5 août 1968) – à composer. En lui rappelant au passage qu’elle a été la mieux élue par les militants au comité central du parti à l’issue du congrès de Lyon, avec plus de 80% des voix. Loin devant les trois principaux «barons» du FN, version Marine Le Pen: Louis Aliot (conjoint de cette dernière), Steeve Briois (maire de Hénin-Beaumont, dans le Nord) et Florian Philippot.

La patronne du FN, pour sa part, n’a pas tant de raisons de se réjouir. Avoir ramené son père à la raison en le menaçant de sanctions pouvant aller jusqu’à l’exclusion du FN lui a certes permis de prouver qu’elle reste ferme sur sa ligne politique de «normalisation» du Front, en refusant tout discours négationniste ou toute référence problématique aux fractures de la Seconde Guerre mondiale. La présidente du parti s’est aussi réjouie, dans les jours qui ont suivi les déclarations controversées de son géniteur, de voir que, selon un sondage du Parisien, 91% des Français pensent qu’il devrait prendre sa retraite.

Mais après? La bataille de «blondes» qui commence à l’opposer à sa nièce ne s’annonce pas de tout repos: «Il faut distinguer l’électorat FN du parti, explique-t-on à Odoxa, l’institut de sondage, qui vient de mesurer l’impopularité croissante de Jean-Marie Le Pen. La frange la plus radicale du Front national vit mal le discours de plus en plus «politiquement correct» de sa direction. Attaquer la mafia «UMPS», pour désigner la collusion entre la droite et la gauche, n’est pas jugé suffisant. Marion a un boulevard devant elle.»

La petite-fille de Jean-Marie Le Pen n’a pas intérêt au conflit. On la dit, en plus, reconnaissante envers sa tante, auprès de laquelle elle a en partie grandi, aux côtés des trois enfants de celle-ci (Jehanne, Louis, Mathilde). Sauf que la politique et les interférences familiales peuvent peser lourd. Que va faire Marine dans sa région Nord, maintenant que Marion a décidé de conduire la liste frontiste en PACA? Comment va-t-elle faire, au sein du bureau politique de 44 membres où siège aussi Bruno Gollnisch, l’élu lyonnais fidèle de Jean-Marie Le Pen, pour obtenir un consensus? Et comment lutter, côté médias, face à la charmante députée du Vaucluse, jeune maman et fille biologique du journaliste récemment décédé Roger Auque (elle a été adoptée par Samuel Maréchal, ancien dirigeant du FN exclu du parti et aujourd’hui homme d’affaires en Afrique)? Pis: le scénario d’élections régionales à l’issue desquelles Marion remporterait un score plus élevé que Marine, voire parviendrait – chose très peu probable – à ravir la région PACA face à un FN qui plafonne dans le Nord pourrait compliquer la donne. Le «Menhir» Jean-Marie Le Pen est devenu friable avec l’âge. Mais il n’est pas encore à terre.

«Adoubée» par son grand-père, Marion dispose de belles cartes en main