Le Chili a ouvert dimanche ses bureaux de vote pour l'élection d'un nouveau président, deux ans après un soulèvement social sans précédent contre les inégalité sociales et en plein processus de rédaction d'une nouvelle Constitution.

Pour ces élections particulièrement indécises, le président sortant conservateur Sebastián Piñera a été la première personnalité publique à aller voter dans une école de Las Condes, un quartier aisé de Santiago.

Les exhortations du chef de l'Etat

«Toutes les opinions comptent. Venez voter», «Nous sommes capables de résoudre nos différends de manière pacifique, votons», a exhorté devant les caméras le chef de l'Etat qui après deux mandats (2010-2014, réélu en 2017) ne peut pas se représenter.

Quelque 15 millions d'électeurs – sur une population de 19 millions – sont appelés aux urnes pour départager sept candidats à la présidence, renouveler la totalité de la Chambre des députés, la moitié du Sénat, ainsi que les conseils régionaux. Les bureaux de vote fermeront à 18h heure locale (22h suisse).

En octobre dernier: Des violences éclatent au Chili lors de la commémoration du soulèvement social de 2019

Deux favoris aux antipodes

Les deux favoris des derniers sondages, crédités d'environ un quart des intentions de vote, se situent aux extrêmes du paysage politique, et en dehors des coalitions de droite et de centre gauche qui ont gouverné le pays depuis la fin de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990).

D'un côté, Gabriel Boric, 35 ans, ancien leader étudiant et candidat de la coalition de gauche «Apruebo dignidad» qui comprend notamment les communistes; de l'autre, José Antonio Kast, avocat de 55 ans et chef du mouvement d'extrême droite Parti républicain, qui surfe sur l'impopularité du gouvernement sortant.

Juste derrière les deux favoris, se détachent deux anciens ministres, la démocrate-chrétienne (centre-gauche) Yasna Provoste, 51 ans, et le libéral de droite, Sebastian Sichel, 44 ans.

L'analyse d'un politologue

«Ceux qui n'ont jamais été favoris apparaissent désormais comme des favoris», constate Raul Elgueta, politologue à l'Université de Santiago. «Ce sont les dernières élections de l'ancien cycle et elles pourraient avoir une issue différente de ce que nous avons eu» jusqu'à présent, ajoute l'universitaire. Avec 50% d'indécis, un vote non obligatoire et une remontée des cas de Covid-19, il s'agit du scénario le plus incertain depuis le retour à la démocratie.

Autre inconnue, la participation des jeunes, fortement mobilisés dans la rue depuis le soulèvement de fin 2019 pour plus de justice sociale, mais qui expriment régulièrement leur peu d'intérêt envers les propositions des candidats.

Les premiers résultats du vote à l'étranger ont donné à Gabriel Boric une victoire éclatante en Océanie, avec José Antonio Kast en deuxième position en Australie et le libéral Franco Parisi en deuxième position en Nouvelle-Zélande.

Après la crise sociale

Ce scrutin particulièrement ouvert intervient deux ans tout juste après une crise sociale inédite dans le pays sud-américain pour réclamer une société plus juste.

Le programme de Gabriel Boric vise à s'orienter vers un modèle d'État-providence et à garantir les droits sociaux. Il propose de «construire un État qui garantit les droits, qui garantit la dignité et l'égalité, c'est la seule façon d'avoir une stabilité sociale», a -t-il déclaré en conclusion de sa campagne jeudi.

De son côté, José Antonio Kast tente de maintenir le modèle néolibéral hérité de la dictature de Pinochet et promet d'imposer «l'ordre, la sécurité et la liberté», après deux ans de révolte sociale suite aux manifestations qui ont éclaté en octobre 2019.

«Deux modèles de société s'affrontent. Celui que nous représentons, de liberté et de justice, et (...) un pays dont nous ne voulons pas et qui tomberait dans le chaos, la faim et la violence», a déclaré José Antonio Kast, à la clôture de sa campagne, aux côtés de son épouse et de huit de ses neuf enfants.

Difficile sortie de la pandémie, quand il en sera question

Autre incertitude, la Constitution qui sortira des travaux entamés en juin par l'Assemblée constituante. Le texte, qui pourrait revoir les prérogatives du président et du parlement, sera soumis aux Chiliens par référendum au cours du mandat à venir.

Quel qu'il soit «celui qui sera élu président affrontera une période difficile», prédit Claudia Heiss, professeure de sciences politiques à l'Université du Chili, soulignant les risques de «conflit social» lorsque les aides ayant permis de soutenir l'économie pendant la pandémie prendront fin.