revue de presse

La Chine, désorientée, doit se réinventer

Le Nobel de la paix à un dissident politique offre l’occasion aux Chinois de débattre de leur système et de leur avenir au cœur du monde

Le Nobel de la paix à un dissident politique offre l’occasion aux Chinois de débattre de leur système et de leur avenir au cœur du monde. C’est exactement le thème d’un nouveau hors-série de Courrier international.

«L’optimisme et la joie dominent dans les réactions de quelques blogueurs tibétains en exil»: c’est ce que constate Courrier international à la lecture du Tibet Times, après l’annonce de l’attribution du Nobel de la paix au dissident chinois Liu Xiaobo. Qui met Pékin hors de ses gonds, face à un Occident lui martelant que puissance implique responsabilités. Mais «pour les médias contrôlés par le gouvernement, écrit l’agence Reuters, relayée par le site du Point, les pays occidentaux sont pleins de préjugés et ne parviennent pas à se faire à l’idée que la Chine rivalise avec eux sur les plans économique et diplomatique».

L’attribution de ce Nobel «au «dissident» Liu Xiaobo n’est rien d’autre qu’une expression supplémentaire de ces préjugés, derrière lesquels se cache la crainte extraordinaire que leur inspire l’essor de la Chine et du modèle chinois», écrit le Global Times, journal populaire et fer de lance des critiques. Dans un éditorial, il «ajoute que si la Chine se dotait d’un système démocratique multipartite tel que le préconise Liu», alors «son sort ne serait probablement pas meilleur que celui de l’Union soviétique ou de la Yougoslavie, et le pays se serait probablement rapidement effondré».

Dans ce contexte, «La Chine qui vient», le hors-série d’une petite centaine de pages de Courrier international qui vient de paraître, tombe à pic. Passionnant, il soulève toutes les questions posées par l’émergence de l’Empire du Milieu au monde et à lui-même, à travers la presse internationale. A l’image, par exemple, de ce portrait du basketteur Yao Ming, qui joue avec les Houston Rockets et «incarne aux Etats-Unis l’image moderne de son pays», selon un article du Spiegel de… 2007.

Reste que «les Etats-Unis veulent garder la première place», aux yeux du Shun Po (Hong Kong Economic Journal) , quotidien bilingue lu par l’élite et les intellectuels, dans ce mouvement que Newsweek, au mois de juin dernier, appelait déjà «The Post-China World», vaste dossier prétendant que «la croissance économique chinoise pourrait s’infléchir, avec de fortes répercussions sur toutes les projections faites en Occident». Ce, après que The Economist eut lui-même publié son «Facing up to China» au mois de février.

C’est une forme de déception pour l’Union européenne aussi, pense l’Hindustan Times, qui, persuadée que la Chine suivait le même chemin qu’elle «vers un pacifisme postmoderne», admet aujourd’hui qu’elle s’est trompée, à en croire la traduction faite par Presseurop de ce journal de New Delhi. Car «petit à petit, Pékin prend ses aises», écrit le New York Times en assurant d’abord «son approvisionnement en matières premières», priorité absolue qui s’opère de manière parallèle à des mouvements plus discrets, comme le rapprochement de Pékin avec «ses petits voisins», analyse le Straits Times de Singapour, «à grand renfort d’aides ou de finesses diplomatiques».

Les transports, l’urbanisation, l’agriculture, l’éducation, la santé, la gestion de l’environnement: rien n’a été oublié dans ce hors-série que l’on dévore de bout en bout, illustré de manière très séduisante. Où l’on apprendra aussi que «qui ne boit pas n’est pas chinois», à la lecture d’un article du Xin Zhoukan de Canton décrivant les ripailles d’une «classe moyenne désormais repue». Et qu’il y a évidemment – on ne le répétera jamais assez – des «oubliés de la croissance» qui, s’ils ont obtenu quelques augmentations de salaire, veulent maintenant à bon droit «voir leur emploi évoluer et avoir accès aux loisirs», relève le Guoji Xianqu Daobao de Pékin.

Sans compter, au final, que «des marchandises, c’est bien. Des valeurs, c’est mieux», espère le Nanfeng Chuang de Canton, constatant que «les relations internationales ne peuvent s’établir uniquement sur des rapports d’intérêts» et que «désorienté par sa mutation, le pays doit se réinventer». Une réflexion au cœur de la dernière section de ce hors-série, «Penser l’avenir» après trente ans de mutations (déjà!), que l’attribution controversée du Nobel de la paix vient enrichir par cette évidence: il offre aussi «l’occasion aux Chinois de débattre de leur système, de sa réforme et de son avenir».

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