Diplomatie

Chine et Etats-Unis: objectifs minimalistes

A dix jours de la conférence de Copenhague, Pékin et Washington semblent lui redonner du souffle en annonçant coup sur coup leurs objectifs chiffrés. Analysés de plus près, ils sont minimalistes

Coup sur coup, les deux plus gros pollueurs de la planète ont fixé des objectifs chiffrés pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, à dix jours de la conférence mondiale sur le climat à Copenhague.

La Chine (20,7% des émissions globales de CO²) a annoncé jeudi vouloir baisser son «intensité carbonique» (émissions polluantes par point de produit intérieur brut) de 40 à 45% d’ici à 2020 par rapport à 2005. «C’est une action volontaire prise par le gouvernement en fonction des conditions du pays et une contribution importante aux efforts mondiaux pour lutter contre le réchauffement climatique», dit le communiqué de Chine nouvelle. Pékin enverra à Copenhague le premier ministre Wen Jiabao (et non le président Hu Jintao).

La veille, les Etats-Unis (15,5% des émissions globales de CO²) ont déclaré vouloir diminuer les leurs de 17% d’ici à 2020 par rapport au niveau de 2005, puis de 30% en 2025 et de 42% en 2030. La Maison-Blanche a aussi fait savoir que le président Barack Obama ira à Copenhague pour le sommet mondial qui se tient du 7 au 18 décembre.

Les deux grandes puissances semblent ainsi redonner du souffle à une conférence dont l’issue semblait fortement compromise il y a dix jours. Mais à regarder les chiffres de plus près, au-delà des effets d’annonce, les engagements de Pékin et de Washington sont minimalistes par rapport au but global de Copenhague.

Stabilisation, sans plus

Commençons par la Chine. La subtilité dans son cas est de recourir à un objectif relatif – fixé par rapport à la croissance mesurée en points de produit intérieur brut (PIB) – et non absolu. La différence est essentielle, comme le montre l’exemple suivant.

Si, partant d’un PIB de 100 en 2010, la Chine connaît une croissance annuelle moyenne de 5% (actuellement, elle tourne autour de 8%), celui-ci atteindra 163 en 2020. Une réduction de 40% des émissions de CO² par rapport à un PIB de 163 équivaut en fait à leur stabilisation, sans plus. Si la croissance moyenne atteint 6% ou plus, la Chine polluera en fait davantage en 2020, tout en respectant l’objectif qu’elle s’est fixé.

Cette façon de calculer souligne le clivage profond entre pays émergents et pays riches à Copenhague. Les premiers refusent de sacrifier leur développement sur l’autel du climat et demandent aux seconds, pollueurs «historiques», de supporter le plus gros de l’effort.

Année de référence 2005

Parmi les grands pays émergents, le Brésil est le premier à avoir annoncé, début novembre, un objectif (absolu) de réduction des gaz à effet de serre: 38 à 42% d’ici à 2020. Là aussi, il y a une finesse: l’essentiel de l’effort consistera en fait en une réduction de la déforestation, ce qui rend l’analyse des relations de cause à effet très complexe, pour ne pas dire impossible.

L’Inde s’est montrée très réticente jusqu’ici à fixer quelque objectif que ce soit. La Russie s’est engagée la semaine dernière à réduire ses émissions de 25% d’ici à 2020. Là encore, il y a un truc: la production industrielle russe s’est effondrée depuis les années 1990; la pollution a fortement baissé aussi, ce qui laisse à Moscou une bonne marge de manœuvre.

Quant aux Etats-Unis, leur astuce est d’utiliser l’année de référence 2005 pour étalonner leur objectif, alors que les autres pays industrialisés prennent 1990. Les 17% annoncés par Washington fondent à un maigre 4% si on cale la réduction des émissions par rapport au niveau de 1990. Pour mémoire, l’Union européenne, qui a souhaité hier que les deux puissances se montrent plus ambitieuses, et la Suisse sont prêtes à réduire leurs émissions de CO² de 20 à 30% en 2020 par rapport au niveau de 1990, le Japon de 25%.

Aux Etats-Unis, les buts de l’administration n’engagent qu’elle pour l’instant. Le projet de loi sur le climat, adopté au Congrès, est vivement combattu au Sénat et ne sera pas voté avant le printemps prochain.

Le président français Nicolas Sarkozy, qui déclarait il y a peu «ne pas vouloir accepter d’accord au rabais» à Copenhague fait cause commune avec le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva pour maintenir des objectifs ambitieux. Les deux lançaient hier un appel depuis Manaus, dans la jungle amazonienne. Pour l’instant, peu d’Etats y ont répondu.

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