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La Chine exporte ses drones tueurs

L’Empire du Milieu est devenu l’un des principaux exportateurs d’aéronefs autonomes militaires. Ils ont été déployés contre l’Etat islamique en Irak et au Yémen. Plusieurs nouveaux modèles viennent d’être présentés

En avril dernier, un véhicule tout-terrain transportant Saleh al-Samad, un leader de la rébellion houthiste au Yémen, explosait au cœur de la ville de Hodeïda. Il venait de subir un tir de missile, lancé depuis un drone opéré par les Emirats arabes unis. L’aéronef piloté à distance, un Rainbow CH5, avait été produit par la firme chinoise China Aerospace Science and Technology Corporation. Il s’agit de l’un des drones tueurs les plus efficaces sur le marché.

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La Chine est devenue un leader en matière de drones à usage militaire. Ce marché lui rapporte 23 milliards de yuans (3,3 milliards de francs) par an, un montant qui devrait passer à 180 milliards de yuans (26 milliards de francs) d’ici à 2025. Plusieurs modèles dernier cri étaient présentés la semaine dernière à Zhuhai, dans le cadre d’une grande exposition biennale.

Engins meilleur marché

Les visiteurs ont notamment pu observer le Rainbow CH7. Doté d’une envergure de 22 mètres, l’engin peut soulever 13 tonnes et voler à 13 000 mètres d’altitude. Il est plus puissant que certains avions de combat. «Ce drone a pour particularité d’être furtif, c’est-à-dire qu’il est difficile à repérer pour les radars, indique Timothy Heath, un expert à la RAND Corporation, un think tank américain. Cela en fait un bon outil pour effectuer des frappes à l’aide de missiles.» Sa production de masse débutera en 2022.

Deux autres modèles de la série Rainbow, les CH5 et CH4, sont également considérés comme des drones tueurs de premier plan. Le second, qui peut atteindre une cible située à 3000 kilomètres, possède «un système de conduite autonome qui le rend très facile à diriger», note Matthew Funaiole, du Center for Strategic and International Studies, un autre think tank. Son prix représente aussi un atout: il vaut 8 millions de dollars, soit la moitié du coût du Reaper, un drone américain comparable.

La série Wing Loong, des appareils plus petits connus pour la précision de leurs frappes, sont pour leur part comparés au Predator, utilisé par l’armée américaine en Irak et en Afghanistan. La Chine teste en outre plusieurs appareils expérimentaux. Comme le Morning Star, un drone solaire dont les ailes pèsent moins de 20 kilos, le CH901, un drone kamikaze assez petit pour être porté par un soldat, et un drone amphibie, qui peut attaquer des sous-marins.

Les dirigeants chinois estiment que leur pays est confronté à plusieurs menaces et qu’ils doivent être prêts à les affronter, par la force s’il le faut

Timothy Heath, expert à la RAND Corporation

En 2017, l’université militaire chinoise NUDT a fait voler un essaim de 21 drones. Déployés derrière une ligne de front, ils seraient extrêmement difficiles à contrer. Ils pourraient aussi servir à brouiller les systèmes de communication de l’ennemi.

Certains de ces aéronefs sont dotés d’intelligence artificielle. «L’un des drones sous-marins développés par la Chine a été équipé d’algorithmes qui lui permettent de repérer et de déclencher des mines de façon autonome», détaille Sarah Kreps, une chercheuse de l’Université Cornell qui a rédigé un ouvrage sur les drones chinois.

Pour Pékin, cette poussée s’inscrit dans un mouvement plus large de modernisation de son armée. «Les dirigeants chinois estiment que leur pays est confronté à plusieurs menaces et qu’ils doivent être prêts à les affronter, par la force s’il le faut», explique Timothy Heath. Parmi ces risques figurent le séparatisme de Taïwan ou le conflit autour d’un chapelet d’îlots contestés en mer de Chine méridionale. A eux s’ajoutent «l’envie de projeter l’image d’une grande puissance dotée d’une armée moderne et le besoin de cultiver le patriotisme de la population pour s’assurer de son soutien», précise l’expert.

Troisième exportateur mondial

Le développement de l’industrie chinoise des drones militaires est aussi empreint d’une logique commerciale. Entre 2008 et 2017, Pékin en a vendu 88, ce qui en fait le troisième plus important exportateur de ces appareils derrière les Etats-Unis et Israël.

Plusieurs acquéreurs ont un bilan controversé en matière de droits humains. «Le principal client de la Chine est le Pakistan, qui a absorbé un quart de ses exportations de drones, suivi de l’Egypte et du Myanmar», souligne Matthew Funaiole. Les drones chinois ont également été déployés en Irak contre l’Etat islamique, au Nigeria contre Boko Haram et au Yémen. En 2017, Riyad a annoncé la construction d’une usine pour produire des CH4 en Arabie saoudite.

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A contrario, les Américains ont signé le Régime de contrôle de la technologie des missiles, un code de bonne conduite qui limite leurs exportations de drones à usage militaire. Ils n’en ont vendu qu’au Royaume-Uni et à l’Italie. Israël évite pour sa part de fournir sa technologie militaire à des pays arabes. «Cela a créé une fenêtre d’opportunité pour la Chine auprès de pays comme le Pakistan ou le Nigeria qui n’auraient pas pu acquérir ces drones en temps normal», juge Sarah Kreps.


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