Asie

La Chine limite ses importations de Corée du Nord

Pékin a commencé à appliquer les nouvelles sanctions de l’ONU en s’interdisant les achats de fruits de mer, d’acier et de charbon nord-coréens. Mais les trafics se poursuivent le long de la frontière

Le chaos règne depuis une semaine dans la ville de Hunchun, une cité chinoise de 220 000 âmes située à deux pas de la Corée du Nord. L’économie locale dépend presque entièrement de l’importation de fruits de mer depuis le régime ermite, une délicatesse prisée en Chine. Or, Pékin a interdit toutes les exportations de fruits de mer nord-coréens, en conformité avec les nouvelles sanctions adoptées par l’ONU le 6 août. Des douzaines d’importateurs de fruits de mer sont descendus dans la rue pour protester contre la mesure.

A Dandong, un autre hub du commerce transfrontalier, dans la province du Liaoning, la situation est tout aussi tendue. La ville sert de lieu de transit pour l’acier nord-coréen, dont l’importation a également été interdite, et pour le charbon, dont les importations ont cessé en février déjà.

Principal partenaire commercial du petit Etat staliniste, la Chine absorbait jusqu’ici 90% de ses exportations. L’an dernier, la valeur de ces transactions s’est élevée à 190 millions de dollars pour les fruits de mer et à 1,2 milliard de dollars pour le charbon.

Le commerce illégal ne sera pas affecté

«Les nouvelles sanctions onusiennes vont priver la Corée du Nord de 1 milliard de dollars, soit un tiers des revenus qu’elle génère à l’étranger, note Marc Lanteigne, un spécialiste des questions sécuritaires à l’Université Massey, en Nouvelle-Zélande. Cela touchera surtout les membres du parti et de l’armée dont le régime achète la loyauté en leur permettant de s’adonner à du commerce transfrontalier.»

Justin Hastings, un expert de la Corée du Nord de l’Université de Sydney, rappelle toutefois qu’une partie du commerce nord-coréen passe par des canaux illégaux et ne sera donc pas affectée. «Certains biens ne sont pas déclarés lors du passage au poste-frontière, détaille-t-il, d’autres franchissent la rivière Yalu (qui sépare la Chine et la Corée du Nord, ndlr) en bateau ou – lorsque cette dernière est gelée – en camion. D’autres encore sont remis à des navires chinois dans les eaux internationales, au large des deux pays.»

Ces trafics expliquent pourquoi un certain nombre de produits de luxe, dont la vente est déjà interdite, continuent de circuler. Les magasins de Dandong vendent des bijoux en or nord-coréen. Et des Mercedes sans plaques passent régulièrement la frontière entre les deux Etats.

«Made in China»

Les sanctions adoptées début août imposent également un gel sur l’exportation de travailleurs nord-coréens. Il y en aurait au moins 20 000 en Chine, essentiellement dans le nord-est du pays, selon un calcul effectué par Go Myong-hyun, un chercheur de l’Asan Institute for Policy Studies de Séoul.

«Un petit nombre travaille dans des restaurants ouverts par le régime nord-coréen en Chine, mais la majorité œuvre dans des usines de textile», indique-t-il. Ils sont employés par une entreprise étatique nord-coréenne qui conclut une joint-venture avec un partenaire chinois. L’Etat prélève plus de 50% de leur salaire, ce qui leur laisse 120 à 150 dollars par mois.

Selon Go Myong-hyun, les nouvelles sanctions vont accélérer une tendance qui a vu le jour il y a deux ans. «De plus en plus d’entreprises chinoises sous-traitent la fabrication de vêtements à des usines en Corée du Nord, puis les exportent en Chine et leur apposent une étiquette «Made in China», relève-t-il. Cela leur évite de devoir importer de la main-d’œuvre et cela leur coûte moins cher car les salaires sont plus bas en Corée du Nord.» L’an dernier, la marque Rip Curl a dû admettre que certains de ses anoraks avaient été produits ainsi.

Crainte pour le régime stalisniste

Si Pékin a appliqué sans tergiverser les sanctions contre son voisin, sa position reste ambivalente. «La Chine ne veut pas voir la Corée du Nord se doter de l’arme nucléaire, ce qui mettrait en péril sa propre sécurité, et elle subit une intense pression de la part de l’administration Trump, qui l’accuse de ne pas en faire assez», relève Marc Lanteigne.

Mais elle craint aussi de voir le régime staliniste s’effondrer. «Cela créerait un afflux de réfugiés à ses portes et déstabiliserait toute la région», note le spécialiste. La perspective d’une puissante péninsule coréenne réunifiée et la présence de troupes américaines près de sa frontière ne l’enchanterait pas non plus.

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