Aucune échappatoire: l’équipe dirigeante chinoise est dos au mur. Un an après avoir pris les rênes du Parti communiste, les caciques du PC chinois vont devoir prouver que leurs promesses de réforme peuvent se convertir en actes. Réunis, à partir de samedi, pour un plénum de quatre jours, les 205 membres du comité central du Parti ont eux-mêmes fait monter les enchères au sujet de cette réunion qui, selon la tradition chinoise, doit être celle où seront annoncées les grandes orientations économiques du pays pour les prochaines années.

Les précédents historiques ne manquent pas, qu’il s’agisse du plénum de 1978, qui avait impulsé l’ouverture économique, ou de celui de 1993, qui décidait d’accélérer celle-ci, dans une réponse implicite au malaise qu’avait créé le massacre de Tiananmen, en 1989.

Mais les plénums ayant accouché d’une souris existent aussi. En 2003, l’équipe emmenée par Hu Jintao et Wen Jiabao n’avait impulsé aucun changement notable, tandis que certains estiment que le plan de relance massif de 2008, dont les effets pervers sont apparus au grand jour ces dernières années, aurait été tout d’abord évoqué lors de cette même réunion à huis clos.

En un sens, c’est précisément pour corriger le tir du plan de relance de 2008 que Pékin doit aujourd’hui agir. Hanté par le spectre du ralentissement économique dans un pays où il ne doit sa légitimité qu’à sa capacité à assurer la croissance, le pouvoir chinois a démontré son addiction à l’investissement, et en paye aujourd’hui le prix. De façon relativement consensuelle parmi les économistes, on estime aujour- d’hui que l’endettement de l’économie chinoise (public et privé) est passé de 120 à 200% du PIB en cinq ans. Certes, les banques chinoises restent en main de l’Etat, ce qui rend peu crédible l’hypothèse d’un scénario catastrophe. Mais il est devenu clair que l’efficacité de ce système s’essouffle. Là où il fallait un yuan de crédit pour générer un dollar de PIB supplémentaire, il y a cinq ans, il faut désormais 4 yuans pour le même résultat.

Si les avis divergent sur la gravité de la situation, un consensus existe donc: la Chine doit rapidement changer. Et pour cela, elle doit s’attaquer aux multiples mécanismes pervers qui la pénalisent (lire ci-dessous).

Pékin va-t-il passer à l’action? Les optimistes ont des raisons d’y croire. Car, ces dernières semaines, les propos volontaristes se sont multipliés. Xi Jinping, le président, a lui-même promis «un plan global» pour «approfondir la réforme et l’ouverture», lesquelles sont «un processus sans fin». Yu Zhensheng, le numéro quatre du régime, a quant à lui assuré que des réformes «sans précédent» allaient être annoncées. Le scénario est d’autant plus crédible que l’économie semble être stabilisée. La crainte d’un écroulement de la croissance étant écartée à court terme, la fenêtre de tir est probablement la bonne pour décider des mesures qui fâchent.

Mais précisément, la plupart des décisions à prendre sont douloureuses, puisque d’une manière ou d’une autre, elles consistent à s’attaquer à des intérêts catégoriels (banques, sociétés d’Etat, élites urbaines, et même, sur le plan fiscal, Etat central), et elles touchent parfois à des sujets politiques. Bo Zhiyue, un spécialiste de la politique chinoise à l’Université nationale de Singapour, est donc d’une grande prudence. «A mon avis, sur le papier, nous allons avoir droit à un vaste programme de réformes, très complet.

Mais la véritable question est de savoir comment il sera mis en œuvre», estime l’analyste.

L’endettement de l’économie est passé de 120 à 200%du PIB en cinq ans