Nobel de la paix

La Chine ne décolère pas

Près d’une semaine après l’octroi à Liu Xiaobo du Nobel de la paix, la Chine estime que ce prix revient à «encourager le crime» et dénonce «les guerres idéologiques sans fin» de l’Occident

L’épouse du dissident emprisonné, Liu Xia, était toujours en résidence surveillée à Pékin, tandis qu’à Tokyo, le Premier ministre japonais, au risque de raviver la récente crise sino-japonaise, demandait la libération de l’intellectuel.

«Liu Xiaobo a été reconnu coupable d’un crime. Lui attribuer le prix Nobel revient à encourager le crime», a déclaré Ma Zhaoxu, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, lors d’un point de presse.

«Les quelques personnes partiales du comité (Nobel) norvégien n’ont pas le droit de juger», a-t-il poursuivi, ajoutant que «l’indépendance de la justice chinoise ne saura(it) être violée».

Pendant des semaines, la Chine avait exercé des pressions sur la Norvège pour que ce prix prestigieux n’aille pas à Liu, grand favori. Elle a depuis annulé des rencontres officielles et une manifestation culturelle avec Oslo.

Le Nobel représente un affront pour la Chine, appelée par plusieurs pays et organisations de défense de droits de l’Homme à libérer le dissident, le premier citoyen chinois à se voir décerner le prix de la paix.

«La Constitution et les lois chinoises protègent les droits du peuple», a assuré M. Ma, ajoutant que «les affaires chinoises devraient être laissées au peuple chinois».

Agé de 54 ans, cet ancien enseignant et figure des manifestations de Tiananmen de 1989 a été condamné fin 2009 à 11 ans de prison après avoir été l’un des auteurs de la «Charte 08», un texte qui réclamait une Chine démocratique.

Dans un éditorial titré «les guerres idéologiques sans fin contre la Chine», le quotidien Global Times lançait une nouvelle salve jeudi contre le Nobel.

«Le prix Nobel de la paix n’est pas une voix isolée», estimait-il. «Il fait partie d’un concerto lancé par différentes organisations non gouvernementales, des entités économiques et des organisations internationales et orchestré par des pays développés», a indiqué le quotidien en langue anglaise, connu pour ses prises de positions nationalistes.

«Ils espèrent même qu’un jour la Chine s’effondrera sous l’effet de la croisade idéologique occidentale», poursuit le journal.

A Tokyo, le Premier ministre japonais Naoto Kan a réclamé jeudi la libération de Liu Xiaobo, et appelé la Chine à respecter les droits de l’homme, au risque de raviver la crise diplomatique à peine soldée avec la Chine après un incident maritime autour d’îlots revendiqués par les deux pays.

«Au nom des droits de l’homme universels qui doivent être protégés par delà les frontières, il est souhaitable» que M. Liu soit libéré, a déclaré le Premier ministre.

«Comme le reste de la communauté internationale, j’attends de voir s’il sera autorisé à aller à la cérémonie de remise du prix ou si sa femme ou bien des membres de sa famille pourront le représenter», a poursuivi M. Kan.

Mais son épouse Liu Xia était toujours en résidence surveillée jeudi, privée de téléphone mais communiquant avec l’extérieur grâce à Twitter.

Des militants des droits de l’Homme ont vu leur surveillance renforcée depuis l’annnonce du comité Nobel.

Ding Zilin, figure de proue des «mères de Tiananmen», qui regroupe des parents des victimes de la répression sanglante des manifestations de mai-juin 1989, s’est vu supprimer son téléphone et son accès haut débit, a annoncé à l’AFP une autre militante, Zhang Xianling.

Sun Wenguang, autre militant, enseignant retraité, a vu sa liberté restreinte dans la province du Shandong (est) après avoir félicité Liu Xiaobo pour son Nobel, a annoncé l’association Les défenseurs des droits de l’Homme en Chine.

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