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Le président chinois Xi Jinping au parlement le vendredi 16 mars 2018.
© DAMIR SAGOLJ

Asie

En Chine, le parti assoit sa toute-puissance

Le Parti communiste ne cesse de gagner du terrain face à l’Etat. Une ambitieuse refonte du gouvernement, que le parlement va adopter samedi, va encore accroître son emprise. Elle se fait aussi sentir auprès des entreprises actives en Chine, y compris suisses

Chaque année, au mois de mars, les quelque 3000 délégués du parlement chinois se réunissent à Pékin. Cette année, la session aura permis au président Xi Jinping de s’octroyer un pouvoir sans précédent. Dimanche dernier, il a obtenu le droit de conserver la présidence à vie et samedi, les parlementaires adopteront une ambitieuse réforme du gouvernement qui a pour but de faire passer le nombre de ministères de 34 à 26 en créant une série de super-agences consacrées à l’environnement ou à la lutte anticorruption. Elle a aussi pour objectif d’accroître l’emprise du parti.

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«Il s’agit d’une manœuvre sans vergogne pour mettre le parti en charge des principaux leviers du pouvoir», estime Dali Yang, un politologue de l’Université de Chicago. Parmi les changements les plus spectaculaires figure une refonte du Ministère de la culture qui place la presse sous l’égide du Département de la propagande du parti. Une nouvelle agence au sein du PC sera en outre consacrée à la politique étrangère. Elle sera placée directement sous l’autorité de Wang Qishan, un proche allié de Xi Jinping qui devrait être nommé vice-président d’ici à la fin de la session parlementaire. Le Ministère des affaires étrangères sera quant à lui mis de côté.

Une rupture historique

Cette volonté de placer le Parti communiste au centre la vie politique chinoise marque une rupture par rapport à la séparation entre le parti et le gouvernement initiée dans les années 1980 par Deng Xiaoping pour éviter un retour aux excès de l’ère Mao. Traumatisé par la chute de l’URSS qu’il perçoit comme une conséquence de l’affaiblissement du parti communiste soviétique, le président chinois pense que la Chine «a besoin d’une forte autorité centralisée pour assurer la poursuite de son décollage économique», analyse Xia Lu, un professeur adjoint de science politique à l’Université de Hongkong. Et celle-ci doit être concentrée entre ses mains et celles de ses proches.

«L’un des principaux objectifs de cette réorganisation du gouvernement est d’affaiblir le cabinet et son chef, le premier ministre Li Keqiang, au profit des alliés de Xi Jinping au sein du parti, à l’image de Liu He», un membre du Politburo considéré comme le cerveau économique de la Chine, détaille Ding Xueliang, un spécialiste du régime chinois à la Hong Kong University of Science and Technology.

Dans les universités et entreprises

Depuis son accession au pouvoir en 2012, le président chinois a également mis sur pied une série d’organes au sein du parti – appelé «petits groupes dirigeants» (lingdao xiaozu) – qui sont devenus des sortes de ministères de l’ombre. Depuis 2012, leur nombre est passé de 54 à 83 et Xi Jinping en dirige huit personnellement. Ils déterminent la politique du pays dans des domaines aussi divers que la réforme de l’armée, le traitement des minorités au Tibet ou au Xinjiang, les Jeux olympiques de 2020, la réduction de la pauvreté ou les ambitions de la Chine en matière de football.

Mais le long bras du parti ne se fait pas sentir uniquement au sommet de l’Etat. «Dans les universités, l’autorité du représentant du PC a été placée au-dessus de celle du président de l’institution», note Dali Yang. Sur le front économique, chaque entreprise doit désormais se doter d’une cellule du parti. Celle-ci intervient à tous les niveaux. Une société étrangère s’est vue intimer de fusionner le rôle de président de son Conseil d’administration et de chef de sa cellule du parti. Une autre a dû déplacer ses bureaux dans un quartier dont les autorités locales souhaitent promouvoir le développement, sur ordre de sa cellule.

Craintes helvétiques

Du côté des entreprises suisses, certaines admettent en privé craindre l’influence grandissante du PC sur leurs opérations, mais la plupart n’ont pas encore dû se doter d’une cellule politique. «Il se peut que certains gouvernements locaux suggèrent l’intégration d’un tel organe aux entreprises étrangères établies dans leur région mais à ce jour, cela n’est pas obligatoire», note Aline Garibian Ballaman, la directrice de Swiss Centers China, un organisme d’aide aux entrepreneurs helvétiques.

La situation est différente pour les firmes suisses impliquées dans une coentreprise en Chine, comme UBS, ABB ou Schindler. Les joint-ventures possèdent en général une cellule du parti. Et celle-ci n’hésite pas à poser ses exigences. Le géant pétrolier Sinopec a par exemple demandé que les articles d’association de toutes ses coentreprises contiennent l’obligation d’œuvrer au renforcement du parti dans la société chinoise. Parmi ses partenaires étrangers figurent le français Air Liquide, l’allemand Linde ou le suisse Mercuria.

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