Le Temps: La Chine semble être le pays du globe qui exécute le plus, mais nous n’avons aucunes statistiques précises, seulement une fourchette de 2000 à 10000 mises à mort par année. Qu’en savez-vous? Jiang Tianyong: Les autorités maintiennent le secret absolu sur les chiffres des condamnations à mort et des exécutions. Tout ce que je sais c’est qu’il y en a beaucoup, beaucoup! Chaque cour intermédiaire a la possibilité de condamner à mort et ces cours sont très nombreuses en Chine. Le pouvoir utilise la loi et la justice au gré de ses besoins. En mars 2008 et juillet 2009 par exemple, nous avons eu des soulèvements au Tibet et dans le XinJang; cela a entraîné de multiples arrestations et condamnations à mort. Les procès ont été politiques, expéditifs et circonstanciels. En tant qu’avocats, nous avons essayé d’intervenir, mais impossible d’accéder aux dossiers.

En Chine, on peut être condamné à mort pour meurtre, évasion fiscale ou encore trafic de drogue. Avez-vous le sentiment que les opposants politiques restent les premiers touchés? Difficile de répondre, puisque l’on ne connaît pas les chiffres. Les troubles sociaux potentiels sont extrêmement importants en Chine; la population est de plus en plus indignée par les écarts de salaire et les problèmes de corruption. Le gouvernement utilise donc également la peine de mort comme instrument de contrôle social.

La Cour suprême intervient de plus en plus sur ce dossier. Constatez-vous une évolution? Depuis le 1er janvier 2007, toutes les condamnations à mort doivent passer par la Cour suprême de Pékin. C’est une très bonne mesure en théorie, mais je ne sais pas s’il existe réellement un impact positif. Nous n’avons vraiment aucune information!

Que pense la population de la peine capitale? Le sujet est très peu évoqué, mais quand il l’est, il est rare de noter une opposition, sauf dans les milieux éclairés. C’est normal, il n’y a aucun débat en Chine et la population n’a évidemment pas accès aux idées abolitionnistes.