Avec une croissance économique qui carbure à plus de 10% depuis quatre ans et qui donne à nouveau des signes de surchauffe, la Chine est en passe de détrôner les Etats-Unis en tant que premier émetteur de gaz à effet de serre, c'est-à-dire une douzaine d'années plus tôt que prévu par les précédentes projections, selon les nouvelles prévisions de l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Visiblement embarrassé par les derniers chiffres de l'impact environnemental de son modèle économique, Pékin a reporté la semaine dernière la publication d'un «plan d'action» sur le réchauffement climatique. Premier producteur de SO2 depuis le milieu des années 1990, la Chine va également se classer au premier rang mondial des émissions de CO2 en 2007.

Pluies acides

C'est donc une Chine sur la défensive qui participe aux travaux de 400 chercheurs du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) réunis depuis lundi à Bangkok pour définir des moyens concrets de lutte contre le réchauffement climatique qui seront rendus public vendredi. «J'espère que cette conférence sera en mesure de produire des positions équilibrées», a expliqué un haut responsable du ministère chinois des affaires étrangères, Sun Guoshun. Affirmant attacher une «grande importance» au changement climatique, la Chine se profile pourtant dans le camp des sceptiques face aux travaux du GIEC et apprécie peu que la question soit portée au sein du Conseil de sécurité de l'ONU.

Signataire du protocole de Kyoto, en 1998, mais dispensé de toute contrainte - à l'image de l'Inde - parce que considéré comme un pays en voie de développement, Pékin refuse aujourd'hui d'être pointé du doigt et insiste sur la responsabilité première des pays occidentaux jugés responsables de l'essentiel des gaz à effet de serre accumulés depuis des décennies. Les Chinois rappellent aussi volontiers que par habitant, ils polluent toujours moins que les Européens, les Japonais et surtout les Américains. Lors d'un récent sommet à Tokyo, le premier ministre chinois, Wen Jiabao, s'est engagé à construire l'après-Kyoto en 2012 aux côtés du Japon qui souffre de plus en plus des pluies acides importées de Chine.

Surpeuplé, surexploité, le territoire chinois est soumis à une pollution de plus en plus intenable. «Un quart de la population boit de l'eau non potable, un tiers de la population respire un air gravement pollué, à peine 20% des eaux usées sont retraitées et cinq des dix villes les plus polluées au monde sont chinoises», déclarait en 2005 Pan Yue, le médiatique vice-directeur du Bureau national de la protection de l'environnement (SEPA). En février, ses services expliquaient que la Chine avait une nouvelle fois échoué en 2006 à atteindre ses objectifs de réduction de la pollution.

Plus de 70% de l'énergie produite en Chine provient du charbon, souvent de mauvaise qualité. Pékin promet de construire de nouvelles centrales thermiques plus propres, de développer le nucléaire, l'énergie hydraulique et éolienne. Sur le front de l'environnement les mauvaises nouvelles sont quotidiennes. Le Yangzi, troisième plus long fleuve du monde, était récemment jugé dans un état critique après l'annonce de l'extinction des dauphins blancs qui le peuplaient.