revue de presse

La Chine populaire, 59 ans et 364 jours…

La République populaire fêtera son 60e anniversaire ce jeudi dans une débauche de couleurs et de manifestations à la gloire de la nation. Balade dans un océan de publications de presse, de blogs et d’innombrables contributions virtuelles sur l’événement

«La République populaire de Chine, le gouvernement populaire, aujourd’hui, sont créés!» En ce samedi 1er octobre 1949 ensoleillé mais froid, Mao Zedong ­proclame une nouvelle ère pour l’Empire du Milieu. Dans un déploiement sécuritaire jamais vu, bien décrit par le Christian Science Monitor, le pays marque ce jeudi avec éclat le 60e anniversaire de la fondation du régime communiste, en faisant notamment étalage de sa puissance militaire, que vante l’agence Xinhua.

Radio Chine internationale retransmettra en direct les cérémonies en Chine et à l’étranger. «Et cela en 26 langues étrangères», annonce-t-elle. Des émissions que l’on pourra suivre également sur son site internet, qui signale par ailleurs que «89 journalistes étrangers, originaires de 53 pays asiatiques, africains et latino-américains, sont arrivés il y a quelques jours à Beijing» pour couvrir l’événement, dont USA Today décrit l’ampleur.

Le Monde poursuivait mercredi la belle série anniversaire de son correspondant à Pékin sur la place Tiananmen, où deux Mao se font face: «Un portrait, accroché sous la terrasse de la porte de la Paix céleste, semble contempler son double symbolique, la dépouille embaumée qui repose, sous sa cage de verre, dans le mausolée érigé pour lui garantir une impériale éternité.» Le quotidien français propose aussi une roborative double page offerte à des témoins encore vivants, qui «se souviennent qu’un air de liberté flottait sur Tiananmen», mais que des «familles ont ensuite été déclassées». Ainsi Guo Fengxian, 77 ans, ancien ouvrier: «Les soldats communistes donnaient l’exemple: quand ils sont entrés en ville, ils dormaient dans la rue pour ne pas déranger les habitants. Vous voyez à quel point ils se tenaient bien!»

Le magazine en ligne américain bilingue anglais-français Slate publie également sa série et écrit: «En 1949, Mao intrigue beaucoup de ses concitoyens. […] Dans la capitale, il prend plaisir à assister à des représentations de l’Opéra de Pékin. Le Roi de Chu dit adieu à sa favorite l’émeut particulièrement et il recommande aux membres du Comité central d’aller voir la pièce. Le travail politique commence aux Collines parfumées, à l’ouest de Pékin, dans la villa de la «Double pureté» où Mao reçoit avec déférence des intellectuels membres de «partis démocratiques» qui ont accepté la venue du communisme.»

Libération parle, lui, du blockbuster que Pékin s’offre à la gloire de son histoire communiste: «Depuis le 17 septembre, les spectateurs chinois se pressent dans les 4100 salles où l’on joue Fondation d’une République. Une fiction de propagande où «pas moins de 172 stars du cinéma chinois […] jouent, dont les vedettes de kung-fu Jet Li et Jackie Chan». Et le site internet Aujourd’hui la Chine annonce, lui, que «la fête nationale va donner lieu à d’importantes festivités jeudi, avec notamment une parade militaire et un défilé de chars allégoriques, des danses et des chants, qui seront couronnés en soirée par un feu d’artifice deux fois plus important que celui de l’ouverture des Jeux olympiques en août 2008», assure le quotidien anglophone chinois Global Times.

Dans La Croix, Michael Schoenhals, auteur, avec Roderick MacFarquhar, du livre La Dernière Révolution de Mao, histoire de la révolution culturelle 1966-1976, qui vient de sortir chez Gallimard (808 pages!), déclare qu’«en dépit des apparences, le régime chinois n’est pas si confiant face à l’avenir». Et de décrire la situation contemporaine: «Les dirigeants s’inquiètent du changement climatique, du manque d’eau, de la désertification, de la crise alimentaire… qui pourraient déstabiliser 1,4 milliard de Chinois. Le régime est conscient de ces écueils, il anticipe, prévoit, analyse, mais le défi est énorme.»

«Quand Mao était le demi-dieu d’une Chine envoûtée», titre de son côté le site Rue89, qui propose aussi une vidéo de quelques secondes montrant la proclamation de la République populaire par Mao en 1949. De même que plusieurs sons au sujet du livre Le Mao, qui «tente de montrer et de décrypter ce phénomène inégalé de culte de la personnalité au XXe siècle qui a entouré le Grand Timonier, et qui continue à marquer la Chine d’aujourd’hui. Les auteurs: Claude Hudelot, écrivain et diplomate, passionné de Chine et grand collectionneur d’icônes maoïstes, et Guy Gallice, artiste et photographe, lui aussi familier de l’Empire du Milieu.»

D’innombrables blogs repérés par Google évoquent encore ces 60 ans. Parmi eux, beaucoup parlent de l’opération de marketing menée pour l’occasion par McDonald’s, «une entreprise rusée, qui s’adapte aux attentes des consommateurs locaux» et multiplie les gadgets nationalistes. Triste ou rigolo, on hésite… Comme on frémit un peu devant le descriptif du défilé publié sur un blog de la revue Wired, et dont on aura un aperçu esthétique en allant voir la galerie photographique du China Digital Times, reprise par le site d’échanges Flickr.

Publicité